Chères élues, chers élus,

Rien ne dit que le président de la République retiendra cette option, mais l’idée est dans toutes les têtes, le mot sur toutes les bouches. Pour sortir de la crise des Gilets jaunes, la solution s’appellerait le référendum. Pour beaucoup, un changement de premier ministre et de gouvernement paraît insuffisant. Quant à une dissolution de l’Assemblée nationale, évidemment souhaitée par les opposants les plus déterminés à Emmanuel Macron, il semble peu probable qu’elle soit envisageable par le chef de l’Etat.

Certes, le référendum a le mérite de donner la parole directement au peuple, et c’est bien l’une des revendications des Français aujourd’hui en colère, qui entendent se réapproprier le pouvoir de décision. Certes, cette pratique, peu utilisée en France, permet d’apporter des réponses rapides, claires et nettes à des sujets qui divisent l’opinion.

Néanmoins, il n’existe aucune formule magique pour restaurer la confiance entre une population et ses dirigeants, et le référendum n’échappe à cet avertissement. J’y vois, personnellement, plusieurs écueils que ne manqueront pas de souligner nombre de Français si pareille consultation, même à questions multiples, devait avoir lieu.

D’abord, l’ampleur des doléances est telle qu’il sera bien difficile d’y répondre complètement par quelques questions qui seront, par définition, arrêtées par Emmanuel Macron. Or, ce dernier a déjà dit qu’il ne reviendrait pas sur plusieurs points de sa politique, comme la suppression d’une partie de l’impôt sur la fortune. Ensuite, le référendum peut être la porte ouverte aux réformes les plus démagogiques, aux fausses bonnes idées, ce qui serait regrettable à un moment où la France ne peut se permettre plus d’endettement, plus de chômage et plus de bureaucratie. Enfin, son organisation le même jour que les élections européennes du 26 mai prochain me paraît propre à jeter la confusion dans les esprits. D’un côté, seraient posées des questions d’ordre domestique, sur nos institutions et quelques thèmes à caractère économiques et sociales et, de l’autre, un scrutin demanderait aux électeurs de se prononcer sur l’avenir de la construction européenne, déjà bien malade.

Il convient de ne pas confondre vitesse et précipitation. L’urgence de ramener la France à plus de sérénité et de concorde après des mois de désordres et de violences ne doit pas conduire au choix d’une issue qui peut se révéler dangereuse en ne servant que les intérêts des démagogues de tout poil.

Jean-Pierre Bansard