Les chiffres du commerce extérieur 2025 livrent une lecture contrastée, mais globalement encourageante, de la place de la France dans un monde commercial de plus en plus fragmenté. Oui, l’amélioration est confirmée. Oui, le redressement engagé depuis 2023 se poursuit. Mais non, le combat n’est ni gagné ni linéaire.
Pour la troisième année consécutive, le déficit commercial se réduit, atteignant –69,2 milliards d’euros, loin toutefois de son niveau d’avant-crise. Cette amélioration repose d’abord sur deux piliers solides : l’énergie et l’aéronautique. La baisse de la facture énergétique, permise notamment par le retour en force des exportations nettes d’électricité, et l’excédent historique de l’aéronautique, à 33 milliards d’euros, montrent que lorsque la France investit dans ses atouts industriels, les résultats suivent.
Autre motif de satisfaction : le dynamisme de l’appareil exportateur. Avec plus de 125 000 entreprises exportatrices, un record historique, la France démontre que l’export n’est plus réservé à un cercle restreint de grands groupes. C’est un signal fort, qui témoigne de l’efficacité des dispositifs d’accompagnement et de la mobilisation de l’écosystème public-privé à l’international.
Mais derrière ces chiffres flatteurs, les fragilités demeurent. Le solde agricole et agroalimentaire atteint un point bas historique, tandis que la chimie et certains segments des produits manufacturés décrochent. Ces faiblesses rappellent une réalité incontournable : la compétitivité ne se décrète pas, elle se construit dans la durée, filière par filière, territoire par territoire. La dépendance à quelques secteurs champions ne saurait constituer une stratégie suffisante.
Les tensions commerciales internationales, notamment avec les États-Unis, viennent également rappeler la brutalité du nouvel environnement économique. Les exportations françaises résistent mieux que celles de nombre de partenaires européens, mais souvent au prix de concessions sur les volumes ou sur les prix, en particulier pour des produits emblématiques comme les vins, spiritueux ou cosmétiques. Le maintien des parts de marché ne doit pas masquer l’érosion de la valeur.
Dans ce contexte, le « cap clair pour 2026 » affiché par le gouvernement est aussi une exigence. Consolider les filières stratégiques, défendre une ouverture commerciale exigeante et assumer une politique de compétitivité plus offensive ne sont plus des options, mais des impératifs. La déclaration du ministre Nicolas Forissier va dans ce sens : tenir le cap dans un monde instable suppose des choix clairs et une constance politique.
La France a démontré en 2025 sa capacité de résilience et d’adaptation. Reste désormais à transformer cette amélioration conjoncturelle en avantage structurel durable. Car dans le commerce mondial d’aujourd’hui, le vrai risque n’est pas de perdre du terrain brutalement, mais de croire trop vite que le redressement est acquis.


