Ce jeudi 5 novembre marque la Journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire, y compris le cyberharcèlement, instituée par l’UNESCO. Cette année, elle est placée sous le thème « Chaque élève en sécurité et en bonne santé : des promesses aux actes ». Un mot d’ordre qui rappelle que la protection des enfants ne peut se limiter à des engagements de principe.
Renforcer la prévention et la lutte contre le harcèlement dans le réseau français à l’étranger
Cette exigence concerne également les établissements français à l’étranger, dont les élèves doivent pouvoir bénéficier d’un environnement scolaire sûr, indépendamment du pays dans lequel ils résident ou du statut de leur établissement.
La lutte contre le harcèlement scolaire constitue depuis plusieurs années un sujet d’attention particulier pour les sénateurs de l’ASFE, qui ont, à travers leurs différentes interpellations parlementaires, cherché à renforcer la prévention des violences et la protection des élèves du réseau français à l’étranger.
En 2021, en réponse à une question écrite d’Évelyne Renaud-Garabedian, le Gouvernement avait détaillé les premières mesures mises en œuvre : diffusion des protocoles de prévention du ministère de l’Éducation nationale, formation des personnels, sensibilisation des élèves et désignation d’un inspecteur chargé notamment des questions de vie scolaire.
Depuis, de nouvelles avancées ont été annoncées, avec le déploiement du programme pHARe, destiné à prévenir, détecter et traiter les situations de harcèlement. L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) s’est également dotée d’un plan « Climat scolaire », d’un réseau de formateurs dans chaque zone géographique et d’outils permettant aux établissements d’évaluer le bien-être des élèves. De nouvelles exigences relatives à la prévention des violences ont également été intégrées aux critères d’homologation des établissements.
Ces efforts se traduisent par une progression des actions de formation et de sensibilisation. Selon le rapport d’activité 2024-2025 de l’AEFE, 591 personnels ont été formés au climat scolaire, contre 410 l’année précédente. Le nombre d’établissements concernés est passé de 109 à 193, tandis que 57 établissements ont bénéficié d’un accompagnement renforcé pour le programme pHARe.
Ces évolutions sont importantes. Elles se heurtent néanmoins à une difficulté propre à l’enseignement français à l’étranger : les établissements sont soumis aux législations de leurs pays d’accueil, qui ne permettent pas toujours l’application des mêmes procédures qu’en France. Le Gouvernement a ainsi reconnu que le programme pHARe ne pouvait leur être juridiquement imposé dans les mêmes conditions qu’aux établissements situés sur le territoire national.
Garantir le signalement, le suivi et la protection des élèves
La question du signalement et de la prise en charge des victimes demeure donc centrale. L’AEFE dispose d’un dispositif de remontée des incidents et situations préoccupantes, permettant aux chefs d’établissement de saisir directement l’Agence. Mais combien de situations ont été signalées ? Dans quels délais ont-elles été traitées ? Quelles mesures ont été prises et comment les familles ont-elles été accompagnées ?
Ces interrogations ont récemment conduit Évelyne Renaud-Garabedian à demander au Gouvernement, dans une nouvelle question écrite déposée en septembre 2026, un premier bilan du dispositif, notamment sur le nombre de signalements, leur traitement et les suites qui leur sont données. Elles rejoignent les préoccupations exprimées par Jean-Luc Ruelle concernant l’accès des Français de l’étranger aux mécanismes de protection de l’enfance, notamment aux dispositifs de signalement et à la formation des personnels.
Au-delà de ce nécessaire bilan, une autre question mérite d’être posée : quels recours sont offerts aux familles lorsqu’une direction d’établissement ne donne pas suite à un signalement ou ne prend pas les mesures nécessaires à la protection d’un élève ? Les parents peuvent-ils saisir directement l’AEFE ? Quelles garanties leur sont offertes concernant le traitement et le suivi de leur situation ? C’est le sens d’une nouvelle question écrite adressée au Gouvernement par Sophie Briante Guillemont.
Car au-delà des protocoles et des engagements, l’enjeu est bien celui de leur effectivité. Il ne suffit pas de former les équipes ou de mettre en place des procédures : encore faut-il s’assurer que les victimes sont entendues, que les signalements sont suivis d’effets et que les familles ne se retrouvent pas seules face à des situations parfois dramatiques.
La qualité de l’enseignement français à l’étranger ne se mesure pas seulement à ses résultats scolaires ou à son rayonnement international. Elle se mesure aussi à sa capacité à protéger les enfants qui lui sont confiés.


