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Margaux Filippi : la science face aux défis climatiques

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Ingénieure spécialisée en recherche océanographique, installée aux États-Unis, Margaux Filippi travaille à l’interface entre recherche, industrie et enjeux climatiques. Membre du MIT Alumni for Climate Action (MACA) elle s’intéresse aux liens entre avancées scientifiques, politiques publiques et transition environnementale. Également bénévole pour l’organisation Reef Check, elle participe au recensement des forêts de macroalgues en Californie. Elle revient sur les évolutions de la recherche climatique aux États-Unis et sur les conséquences des récentes restrictions budgétaires dans ce domaine.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Je suis partie à Hawaï pour suivre une licence en océanographie, avec une double spécialisation en mathématiques. J’y ai travaillé sur l’ingénierie côtière avant d’obtenir une bourse de doctorat dans le cadre d’un programme commun entre le MIT et la Woods Hole Oceanographic Institution, dans le Massachusetts.

À l’issue de ma thèse, je me suis tournée vers l’industrie, notamment dans la recherche et le développement autour des macroalgues, de l’aquaculture et des technologies de capture du carbone.

Comment vous êtes-vous engagée sur les questions climatiques ?

En parallèle de mon activité professionnelle, j’ai rejoint le réseau MIT Alumni for Climate Action (MACA). Au départ, il s’agissait d’un collectif indépendant d’anciens étudiants souhaitant encourager le MIT à renforcer son engagement face au changement climatique.

Nous avons notamment rédigé un livre blanc proposant des pistes d’action pour accélérer la décarbonation et défendre des politiques fondées sur les connaissances scientifiques. MACA est aujourd’hui devenu un groupe officiel des Anciens du MIT.

Quel était votre rôle au sein de ce collectif ?

J’apportais surtout le regard de quelqu’un qui travaille dans l’industrie. Les discussions sur le climat opposent parfois recherche fondamentale et réalité économique. Mon expérience me permettait de faire le lien entre ces deux mondes.

Nous réfléchissions notamment aux technologies capables de retirer une partie du carbone déjà présent dans l’atmosphère, en complément des efforts indispensables de réduction des émissions.

Vous êtes également bénévole pour Reef Check. En quoi consiste cet engagement ?

Je participe, en tant que plongeuse bénévole, aux recensements des forêts de macroalgues, appelées kelp forests, en Californie. Ces écosystèmes marins jouent un rôle important dans la biodiversité et sont particulièrement intéressants à suivre dans un contexte de changement climatique.

Cet engagement rejoint mes préoccupations professionnelles et environnementales. Il permet aussi de contribuer concrètement à la collecte de données sur l’état des écosystèmes marins.

Comment percevez-vous le débat sur le climat aux États-Unis ?

C’est un sujet extrêmement polarisé. Les divisions politiques sont très fortes, mais la réalité est plus nuancée qu’on ne le pense.

Par exemple, certains États traditionnellement conservateurs, comme le Texas, ont été parmi les pionniers dans le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui encore, le Texas ou la Floride investissent dans la restauration des écosystèmes côtiers.

Aux États-Unis, les décisions sont souvent guidées par des considérations économiques autant qu’environnementales. Lorsqu’une politique crée des emplois ou renforce l’indépendance énergétique, elle peut rassembler au-delà des clivages idéologiques.

Quel regard portez-vous sur les politiques climatiques mises en place ces dernières années ?

L’Inflation Reduction Act a constitué, selon moi, un tournant majeur. Ce plan représentait un investissement considérable dans la transition énergétique et devait favoriser la création d’emplois dans des régions industrielles en difficulté.

Même si ce texte comportait aussi une dimension protectionniste vis-à-vis des partenaires européens, il marquait une volonté forte d’investir dans les technologies bas carbone.

Comment avez-vous vécu les récentes réductions de budgets consacrés à la recherche ?

Dans mon domaine, les conséquences ont été immédiates.

Les coupes budgétaires qui ont touché la NOAA, l’agence américaine chargée de l’océan et de l’atmosphère, ont entraîné des licenciements, l’arrêt de nombreux projets et une baisse importante des financements pour la recherche, notamment dans l’éolien offshore et l’exploration marine.

Ces décisions dépassent largement la seule question du climat : elles affectent aussi la météorologie, la gestion des ressources halieutiques et l’ensemble des acteurs qui travaillent sur les océans. Les programmes de suivi et de conservation des écosystèmes marins sont également concernés par les difficultés de financement.

Craignez-vous pour l’avenir de la recherche climatique ?

Oui, car on observe une remise en cause croissante de la science sur ces sujets, y compris en Europe.

Ce qui m’inquiète, c’est la fragilité du système : un changement d’administration peut avoir des conséquences très concrètes sur le travail quotidien des chercheurs, des entreprises et des institutions publiques.

J’espère malgré tout que les événements climatiques récents permettront de recentrer le débat sur les faits scientifiques plutôt que sur les oppositions idéologiques.

Selon vous, les solutions doivent-elles venir de l’État ou des territoires ?

Les deux sont indispensables.

Il faut trouver un équilibre entre les décisions nationales et les initiatives locales. Chaque territoire possède ses propres enjeux : les réponses adaptées au Texas ne seront pas les mêmes qu’en Californie, tout comme on ne gère pas une grande métropole française de la même manière qu’un territoire rural.

Les collectivités disposent d’une réelle capacité d’action, mais elles ont aussi besoin d’un cadre et d’un soutien de l’État.

Quelle place les citoyens ont-ils dans cette transition ?

Chacun peut agir, mais il ne faut pas faire reposer toute la responsabilité sur les individus.

Les choix de consommation dépendent aussi des réalités économiques. Beaucoup de personnes n’ont pas toujours les moyens de privilégier les solutions les plus durables.

La transition ne pourra fonctionner que si les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens avancent ensemble. C’est une responsabilité collective, pas uniquement individuelle.

Margaux Filippi

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