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French Books on Wheels : transmettre la culture française en Australie

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Depuis 2014, Jacques Bernard et Anne Mangeant traversent l’Australie d’est en ouest, intervenant auprès des Alliances françaises, des écoles, des marchés et de nombreux espaces de rencontre francophone. Un projet simple en apparence – vendre des livres et promouvoir la presse française – mais qui révèle en réalité une portée bien plus profonde : transmettre une culture, tisser du lien, et s’interroger sur l’existence de ces poches de francophonie disséminées aux quatre coins du continent australien.

Comment s’est construit votre parcours depuis votre départ de France jusqu’à votre situation actuelle, et quelles en ont été les étapes marquantes ?

J’ai quitté la France à l’âge de 10 ans pour suivre mes parents à La Réunion. Mon parcours d’adulte m’a ensuite mené en Nouvelle-Calédonie (5 ans), Hong Kong (3 ans et demi), Singapour (10 ans), Vietnam (3 ans), avant Genève et un retour en France où je pensais m’installer définitivement. Parallèlement, j’avais demandé un visa pour l’Australie, et c’est là que je me suis finalement établi en 2003 avec ma famille.

À mon arrivée, je travaillais dans les télécommunications, mais j’ai rapidement décidé de changer de vie en ouvrant une librairie entièrement francophone – Le Forum – près de Fremantle, dans l’ouest australien. Je l’ai dirigée jusqu’en 2017. L’arrêt n’était pas dû à des raisons économiques, mais parce que le métier s’était transformé : nous recevions jusqu’à 150 kilos de livres par semaine à redistribuer sur tout le continent, ce qui était bien éloigné de ma conception du métier de libraire.

Dès 2013, afin de nous rapprocher davantage des lecteurs, nous avons commencé avec un petit van rempli de cartons de livreset de magazines pour visiter écoles et Alliances françaises. Nous l’avons remplacé en 2014 par un véhicule plus grand, entièrement aménagé et autonome, une nécessité dans un pays où les distances sont considérables : Perth à Sydney représente 4 000 kilomètres, soit 800 de plus qu’un Paris Moscou !

Quels sont les plus grands défis pour transmettre le français dans un environnement anglophone ?

Le défi principal, c’est de présenter non seulement des livres et des magazines, mais aussi la culture française. Or, la culture se transmet également par voie orale. Lorsque nous nous arrêtons quelque part pour un événement, nous dialoguons avec nos visiteurs. Dans les établissements scolaires notamment, nous organisons des présentations sur des œuvres iconiques comme Le Petit Nicolas ou Le Petit Prince, qui permettent de donner vie à la langue et à l’imaginaire français.

Nos livres et magazines ne s’adressent pas uniquement à des Français. Certains Australiens ont un vrai intérêt pour la culture française, notamment parce que leurs ancêtres ont combattu en France lors des deux guerres mondiales, et parce qu’il existe beaucoup de familles mixtes franco-australiennes avec des enfants à qui on souhaite transmettre la culture française.

 En quoi ce projet a-t-il été porteur de sens pour vous, et quelles difficultés avez-vous rencontrées en chemin ?

Il s’agit ici, d’une véritable passion. Ayant toujours vécu à l’étranger, j’avais une préoccupation majeure : transmettre la culture française à mes deux filles, l’une née à Hong Kong, l’autre à Singapour. Aujourd’hui, elles sont parfaitement bilingues, ce qui constitue l’une de mes plus grandes fiertés.

Quant aux freins, le projet a toujours été très bien accueilli, mais il présente des défis logistiques : il nous fallait par exemple habiter dans le van lors de nos déplacements afin de limiter les frais. Nous n’avons jamais vendu des milliers de livres à chaque étape, certes, mais ce qui importait vraiment, c’était la rencontre humaine avec des gens parfois  très isolés géographiquement. C’est entre autre ce qui a motivé l’écriture de notre livre – La GRANDE histoire du Van du Livre – : parler de notre aventure et recueillir des anecdotes liées à ces poches de francophones et de francophiles disséminées à travers l’Australie. Le projet est porté par l’association French Books on Wheels Inc., dont la mission est de promouvoir la culture et la langue françaises sur l’ensemble du territoire australien.

Quelle œuvre littéraire vous a particulièrement marqué ?

Aux côtés des œuvres classiques et des auteurs contemporains. je me suis intéressé aux auteurs australiens publiés en France : par exemple, Karen Viggers, une autrice de Canberra dont le roman La Mémoire des embruns a été mis en avant par le chroniqueur littéraire français Gérard Collard.

Elle a connu un succès remarquable : selon l’éditeur, ses livres se sont vendus à 400 000 exemplaires en France, et ses cinq romans, écrits en anglais, ont tous été traduits. Je viens de finir  Les Fantômes de Shearwater de Charlotte McConaghy, une œuvre dont j’admire particulièrement la richesse des descriptions paysagères australiennes. L’intrigue se déploie autour d’une île située sur la route de l’Antarctique, où est conservée une réserve de semences destinée à préserver l’humanité en cas de catastrophe mondiale.

Qu’avez-vous appris au contact des Français vivant depuis longtemps à l’étranger ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié en Australie, c’est que ce pays se distingue des contextes d’expatriation classiques, comme Hong Kong ou Singapour, où l’on sait d’emblée qu’on n’est que de passage et qu’on ne pourra jamais accéder à la nationalité. En Australie, il est possible de construire un avenir véritable : obtenir un visa permanent et par la suite la nationalité, accéder à la propriété. C’est une démarche profonde et durable, bien moins éphémère que dans d’autres contextes d’expatriation.

Après tous ces kilomètres parcourus, y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Il n’y en a pas une, il y en a beaucoup. Je peux mentionner deux ambassadeurs de France remarquables: l’un, accompagné de son conseiller culturel  a lancé l’aventure avec nous et dirige aujourd’hui l’Agence française de développement ; le second nous a soutenus ces deux dernières années et demie et préside désormais le Secrétariat général de l’Élysée. Tous deux croyaient sincèrement au projet parce qu’il promeut l’image et la culture de la France à l’étranger. Un exemplaire de notre livre, auto publié en mai 2026 leur a été remis.

Nous sommes fiers d’avoir pu visiter les 29 Alliances françaises d’Australie. La majorité d’entre elles proposent des cours de langue et une programmation culturelle riche, d’autres ressemblent davantage à des clubs, mais cela n’a guère d’importance : jouer à la pétanque, déguster des crêpes à la Chandeleur, ce sont ces petits rituels qui incarnent l’image de la France.

La littérature et le magazine éducatif sont notre vecteur privilégié, particulièrement ceux destinés à la jeunesse. Le van transporte de nombreux exemplaires  de presse française, permettant aux intéressés de rester connectés à la culture à travers une tradition éditoriale singulière, et de s’y abonner.

Pour découvrir la GRANDE histoire du Van du Livre, vous pouvez commander l’ouvrage en Australie et en France sur www.frenchbooksonwheels.org

Jacques Bernard

Anne Mangeant

(Photo : ABC News: Nicolas Perpitch)

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