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Diplomatie climatique : dans un monde en tension, la France doit renouveler sa stratégie

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Dix ans après l’Accord de Paris, la diplomatie climatique se trouve à un tournant. Le retour des rapports de force, la multiplication des conflits, le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, la progression du climatoscepticisme et les contraintes croissantes pesant sur les finances publiques fragilisent la coopération internationale, au moment même où les effets du dérèglement climatique deviennent toujours plus visibles.

C’est dans ce contexte que la mission d’information du Sénat sur « La diplomatie climatique française à l’épreuve d’un monde en tension », rapportée par Teva Rohfritsch et présidée par Rachid Temal, vient de publier ses conclusions.

Sophie Briante Guillemont était vice-présidente de cette mission d’information et Jean-Luc Ruelle en était le secrétaire.

Au terme de cinq mois de travaux, de 32 auditions – notamment celles de l’ancien président de la République François Hollande et de Laurent Fabius, président de la COP21 – ainsi que d’un déplacement en Norvège, jusqu’au Svalbard, la mission dresse un constat clair : le dérèglement climatique n’est plus seulement un enjeu environnemental. Il est devenu un enjeu économique, stratégique, diplomatique et de sécurité.

Une urgence climatique dans un contexte géopolitique profondément dégradé

Les données scientifiques sont sans équivoque. Les années 2023, 2024 et 2025 figurent parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées. Sous l’effet des activités humaines, les vagues de chaleur, les sécheresses, les incendies, les inondations et les phénomènes météorologiques extrêmes gagnent en fréquence et en intensité.

La France est elle-même particulièrement exposée. Selon la trajectoire actuelle, le réchauffement pourrait atteindre 4 °Cdans l’Hexagone à la fin du siècle, avec des conséquences majeures sur la santé, l’agriculture, les ressources en eau, les infrastructures et la biodiversité.

Les territoires ultramarins sont en première ligne.Cyclones, montée du niveau de la mer, érosion du littoral, raréfaction de l’eau douce, dégradation des récifs coralliens : ils subissent déjà les conséquences d’un dérèglement auquel ils n’ont que très peu contribué. Leur vulnérabilité constitue une profonde injustice climatique, mais leur expérience et leur expertise peuvent également devenir des atouts majeurs pour la France.

Dans le même temps, la coopération internationale est fragilisée. Les priorités militaires, énergétiques et économiques prennent souvent le pas sur les objectifs climatiques. La rivalité entre les États-Unis et la Chine redessine les rapports de force, tandis que de nombreux pays du Sud contestent une approche européenne parfois perçue comme trop normative ou prescriptive.

La Chine occupe désormais une place paradoxale : premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, elle est aussi le premier investisseur mondial dans les énergies renouvelables et le premier producteur de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques. Elle démontre ainsi que l’influence climatique repose désormais autant sur la capacité à financer, à investir et à construire que sur celle à édicter des normes.

La France conserve des atouts majeurs

Malgré ces bouleversements, la France dispose d’une voix singulière et d’importants leviers d’action.

Elle reste d’abord la dépositaire de l’Accord de Paris, qui demeure le socle de la coopération climatique internationale. Cet héritage lui confère une crédibilité et une capacité d’initiative qui dépassent son seul poids économique.

Elle peut également s’appuyer sur ses territoires ultramarins, présents dans tous les grands bassins océaniques. La France est une puissance climatique mondiale parce qu’elle est aussi une puissance océanique et ultramarine. Les outre-mer doivent être davantage associés à l’élaboration des positions françaises, aux délégations lors des COP et aux coopérations régionales. Ils peuvent devenir de véritables laboratoires de l’adaptation et des points d’appui de notre diplomatie climatique.

Enfin, la France dispose d’une expertise reconnue en matière de financement du développement et de finance climatique. Dans ce domaine, le rôle de l’Agence française de développement (AFD) est essentiel. Par son implantation dans de nombreux pays, sa connaissance des réalités locales et sa capacité à financer des projets de transition et d’adaptation sur le temps long, l’AFD constitue l’un des principaux instruments de l’influence climatique française.

Alors que les besoins augmentent, les restrictions budgétaires pesant sur l’aide publique au développement risquent toutefois d’affaiblir notre capacité d’action. La diplomatie climatique ne peut être crédible sans moyens financiers à la hauteur des engagements pris. Il est donc indispensable de préserver la capacité d’intervention de l’AFD et de mieux mobiliser les investissements privés grâce à des mécanismes de garantie et de partage des risques.

34 recommandations pour renouveler notre diplomatie climatique

La mission formule 34 recommandations, organisées autour de trois grands axes.

Elle propose tout d’abord de définir une véritable doctrine française de diplomatie climatique, déclinée dans une stratégie nationale rendue publique et révisée tous les cinq ans. Celle-ci permettrait de fixer des priorités géographiques, diplomatiques, économiques et scientifiques claires, tout en intégrant pleinement les conséquences du dérèglement climatique dans nos politiques étrangères, de défense et de sécurité.

Parmi les principales recommandations figurent notamment :

  • l’organisation d’un débat au Parlement avant chaque COP afin d’associer davantage les élus et les citoyens à la définition des positions françaises ;
  • une meilleure intégration des outre-mer dans notre diplomatie climatique et leur participation renforcée aux négociations internationales ;
  • le développement de capacités permanentes d’ingénierie climatique dans les territoires ultramarins ;
  • la mobilisation de nouveaux contributeurs, notamment la Chine, l’Inde et les pays du Golfe, pour répondre à l’ampleur des besoins mondiaux ;
  • le développement d’instruments innovants de finance climatique et de garanties publiques permettant de sécuriser les investissements dans les pays les plus vulnérables ;
  • une meilleure articulation entre diplomatie climatique et diplomatie économique afin de soutenir les filières françaises et européennes de la transition ;
  • la création de nouvelles coalitions réunissant États, collectivités, scientifiques et acteurs économiques autour d’objectifs concrets ;
  • le renforcement de la diplomatie scientifique et de la lutte contre la désinformation climatique ;
  • une réforme du fonctionnement des COP afin d’améliorer leur lisibilité, leur cohérence et le suivi des engagements.

Passer d’une diplomatie de la prescription à une diplomatie du partenariat

L’un des principaux enseignements du rapport est la nécessité de faire évoluer la relation avec les pays du Sud.

L’Europe ne peut plus se contenter de promouvoir des normes sans prendre suffisamment en compte les aspirations légitimes au développement, les contraintes financières et les vulnérabilités propres à chaque pays. La diplomatie climatique doit être moins perçue comme moralisatrice et davantage fondée sur le partenariat, la co-construction et des solutions concrètes.

Cela suppose notamment de donner une place plus importante à l’adaptation. Pour de nombreux pays africains, océaniens ou insulaires, les conséquences du dérèglement climatique sont déjà une réalité quotidienne : difficultés d’accès à l’eau, insécurité alimentaire, érosion côtière, déplacements de populations ou destruction d’infrastructures.

La France doit construire avec ces États des partenariats équilibrés, adaptés aux réalités locales et financièrement crédibles. Elle doit également s’appuyer davantage sur les collectivités territoriales, les chercheurs, les entreprises et les acteurs de terrain, dont les coopérations peuvent se poursuivre au-delà des fluctuations politiques nationales.

Faire du climat un levier de souveraineté et de coopération

La transition climatique ne doit pas être envisagée uniquement comme une contrainte. Elle constitue également un levier de souveraineté énergétique, de compétitivité, d’innovation et de réindustrialisation.

Réduire notre dépendance aux énergies fossiles, développer les technologies bas-carbone et accompagner les pays partenaires dans leur transition répondent à la fois à des objectifs environnementaux, économiques et géopolitiques.

Face à une menace qui ne connaît aucune frontière, le repli national ne peut constituer une réponse. Mais le multilatéralisme climatique doit évoluer pour devenir plus concret, plus équilibré et plus efficace.

Dix ans après l’Accord de Paris, la France conserve une responsabilité particulière. Elle dispose d’atouts considérables : son réseau diplomatique, ses territoires ultramarins, son expertise scientifique et financière, l’action de l’AFD et la crédibilité héritée de la COP21.

Encore faut-il préserver ces moyens et définir une stratégie claire. Dans un monde marqué par les tensions et le retour des rapports de puissance, la diplomatie climatique doit redevenir une priorité de notre politique étrangère.

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