Un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF), de l’Inspection générale des affaires étrangères (IGAE) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) recommande une refonte d’ampleur du modèle économique de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).
Mandatée par le Premier ministre à la suite des difficultés budgétaires rencontrées par l’Agence, la mission estime que son modèle financier n’est plus soutenable à moyen terme et formule quatorze propositions destinées à rétablir durablement son équilibre.
Un réseau en croissance mais sous tension financière
À la rentrée 2025-2026, le réseau de l’enseignement français à l’étranger compte 612 établissements homologués répartis dans 138 pays. Il accueille plus de 400 000 élèves et emploie plus de 40 000 personnels.
Le rapport rappelle que l’objectif fixé en 2018 par le Président de la République consistait à doubler les effectifs du réseau à l’horizon 2030. Depuis cette date, le nombre d’établissements homologués a augmenté de 117 unités, tandis que le nombre d’élèves a progressé d’environ 47 000. Pour les inspections, cette croissance s’est toutefois accompagnée d’une dégradation progressive de la situation financière de l’AEFE. Les dépenses ont augmenté plus rapidement que les recettes et la masse salariale représente désormais près des trois quarts des dépenses de l’AEFE. Dans le même temps, la subvention de l’État a diminué, afin de revenir à un niveau proche de celui observé avant la crise sanitaire.
Un déficit supérieur à 100 millions d’euros projeté à l’horizon 2032
Les auteurs du rapport considèrent que les mesures d’urgence adoptées en décembre 2025 ne suffiront pas à assurer la pérennité du modèle économique.
Sur la base d’hypothèses prudentes, ils estiment que le déficit pourrait atteindre 102 millions d’euros en 2032. Les inspections soulignent également la faiblesse de la trésorerie disponible ainsi que les difficultés rencontrées pour financer les investissements immobiliers dans les établissements en gestion directe. L’AEFE est ainsi confrontée à un effet de ciseau durable : des dépenses de personnel qui augmentent mécaniquement tandis que les ressources progressent moins rapidement.
Une réduction du nombre de personnels détachés
La principale source d’économies identifiée concerne la masse salariale.
Les inspections estiment que les établissements du réseau bénéficient d’un taux d’encadrement supérieur à celui observé dans l’enseignement public en France. Elles proposent donc de fixer des objectifs de nombre d’élèves par enseignant détaché : 40 élèves par titulaire dans les établissements en gestion directe et 50 dans les autres établissements. Une telle mesure conduirait, selon les auteurs, à une diminution d’environ 20 % du nombre d’enseignants titulaires détachés dans les EGD comme dans les établissements conventionnés. Les économies attendues sont évaluées entre 35 et 48 millions d’euros à l’horizon 2032. Le rapport recommande également de ramener progressivement la proportion d’enseignants agrégés détachés à un niveau comparable à celui observé dans l’Éducation nationale.
La remise en cause du renouvellement automatique des résidents
Autre proposition : mettre fin au renouvellement tacite et automatique des détachements des personnels résidents.
La mission relève que plus de 2 200 enseignants bénéficient actuellement de ce régime et que près de la moitié d’entre eux sont présents dans le réseau depuis plus de quinze ans. Les inspections préconisent que chaque renouvellement fasse désormais l’objet d’un examen explicite fondé sur les besoins pédagogiques des établissements.
Une réforme des rémunérations des personnels d’encadrement
Le rapport cible également les personnels d’encadrement et de formation, dont les rémunérations sont jugées élevées en raison du poids des indemnités. Les inspections proposent de réduire la part indemnitaire, de revoir les majorations familiales et d’introduire une part variable liée à la performance. L’économie attendue est estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros par an à terme.
Le rapport recommande aussi une évolution des instituts régionaux de formation (IRF) et une meilleure transparence de leurs coûts.
Une refonte des contributions des établissements
Les auteurs proposent une simplification des contributions financières versées à l’AEFE. Le système actuel, jugé peu lisible, serait remplacé par trois contributions harmonisées : fonctionnement du réseau, formation continue et rémunération des personnels détachés.
Les établissements partenaires verraient leur contribution au fonctionnement portée à 3 % des frais d’écolage, avec suppression de la plupart des régimes dérogatoires.
Vers la disparition de la frontière entre établissements conventionnés et partenaires
L’une des propositions les plus structurantes concerne l’organisation du réseau.
Aujourd’hui, les personnels détachés auprès de l’AEFE et les détachés directs ne peuvent pas intervenir dans les mêmes établissements. Les inspections proposent de permettre à chaque établissement non-EGD de choisir entre ces deux modèles, mais sans cohabitation des deux statuts.
Cette réforme s’inscrit dans une logique de réduction des coûts supportés par l’AEFE, même si l’économie réelle pour les finances publiques est plus nuancée, notamment en raison des effets sur le compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions.
À terme, le réseau serait structuré autour de deux catégories : les établissements en gestion directe d’un côté, et l’ensemble des autres établissements homologués de l’autre.
Une réforme de la gouvernance
Enfin, le rapport propose de recentrer la gouvernance de l’AEFE autour de ses missions stratégiques, de renforcer les liens avec le ministère de l’Éducation nationale et d’améliorer le pilotage financier.
Un dialogue de gestion plus étroit entre l’Agence, les établissements et les postes diplomatiques est également recommandé afin d’optimiser l’allocation des ressources.
Un débat qui ne fait que commencer
Les mesures proposées pourraient dégager environ 150 millions d’euros de marges budgétaires à terme et permettre un retour durable à l’équilibre financier. Leur mise en œuvre ouvre une phase de concertation sensible, plusieurs propositions ayant des impacts directs sur les conditions d’emploi et l’organisation du réseau.
Au-delà des aspects budgétaires, le rapport interroge plus largement l’avenir du modèle de l’enseignement français à l’étranger et l’équilibre entre maîtrise des dépenses, attractivité et développement du réseau.


