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La Côte-Nord en sentiers : récit d’une passion

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Depuis douze ans sur la Côte-Nord québécoiseJulien Picherit et Bénédicte Filippi ont créé une ressource devenue incontournable pour explorer une région sauvage et encore méconnue du Canada. À la frontière entre forêt boréale et fleuve Saint-Laurent, leur projet met en lumière un territoire immense, riche et fragile, en offrant aux randonneurs des repères fiables pour découvrir ses sentiers. Une initiative née de la passion, qui s’est transformée au fil des années en véritable outil de référence pour les amoureux de plein air. Pour l’ASFE Julien revient sur ce projet unique.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Comment êtes-vous arrivés à la Côte-Nord du Québec ?

Je suis originaire de la région d’Angers, en France. Ça fait 12 ans que je suis au Québec. Quand je suis arrivé, j’ai passé juste un mois à Montréal, mais j’avais cette envie très claire de m’installer en région éloignée, loin des grands centres. Je suis tombé sur la Côte-Nord un peu par hasard, et voilà, j’y suis resté. Ça a été une belle aventure.

Avant de m’installer définitivement ici, j’ai beaucoup étudié et voyagé. J’ai suivi une licence à Angers, puis une maîtrise en enseignement. Mais avant même de venir au Canada, je bougeais déjà énormément. J’ai passé six mois en Allemagne en Erasmus, ensuite six mois en Chine dans la région du Shandong. Après, j’ai passé un an au Minnesota aux États-Unis, six mois en Grèce à Athènes, puis un an en Angleterre. Tous ces voyages, ces expériences, ces cultures différentes, ça m’a vraiment ouvert l’esprit. Et quand je suis arrivé sur la Côte-Nord, j’ai compris que c’était là que je voulais poser mes bagages.

Comment est né votre projet de partage de sentier ?

La Côte-Nord est immense, ça fait à peu près la taille de la moitié de la France. C’est une région magnifique mais qui n’avait pas vraiment d’inventaire centralisé de ses sentiers de randonnée.

Il y avait AllTrails et d’autres ressources, mais pas vraiment fiables. Et puis, pendant la pandémie, ma conjointe et moi, on s’est dit : « Pourquoi ne pas créer un site ? » On avait du temps et la passion. Donc on a bossé tous les soirs, pendant un an, pour construire ce projet complètement bénévole. C’était vraiment juste pour le plaisir de partager.

Comment conciliez-vous faire découvrir les sentiers du Québec et préserver ces espaces naturels ?

On s’inscrit vraiment dans une éthique qu’on appelle ici l’« éthique du Sans Trace ».

Ça veut dire : reste dans le sentier, ne laisse aucune trace de ton passage, pas de feu, et on évite d’y aller au printemps quand les sentiers sont trop mous. La chance qu’on a sur la Côte-Nord du Québec, c’est qu’on n’a pas des masses de touristes comme dans les Dolomites par exemple.

On réside à Sept-Îles, une ville d’environ 25 000 habitants, et les gens sont respectueux. Il y a même quelques sentiers qu’on a choisi de ne pas mettre en avant parce qu’on savait qu’ils ne pourraient pas supporter de surfréquentation.

Interagissez-vous avec les utilisateurs de vos sentiers et est-ce qu’il y et Il y a des sentiers pour tous les niveaux ?

Énormément ! On a une page Facebook et un compte Instagram. En été, on reçoit entre 500 et 800 visites par jour sur le site, et ça génère une ou deux questions quotidiennes de tout type. En plus, on connaît beaucoup les bénévoles qui entretiennent les sentiers. C’est vraiment une belle communauté.

Par ailleurs, on a vraiment essayé de proposer un éventail large de sentiers. Il y a trois ou quatre sentiers très difficiles, comme dans les monts Groulx où tu marches pendant cinq jours, 40 kilomètres, sans sentier marqué,  entre la taïga et la toundra. C’est dangereux si tu n’es pas préparé. Et puis on a aussi des sentiers très familiaux, au bord de l’eau, avec des petites tours pour les enfants. Mon expérience dans le tourisme m’a montré combien de visiteurs arrivaient mal informés et mal préparés. J’ai donc voulu créer un outil de sécurité pour éviter les situations d’urgence.

Quel est le rôle des communautés autochtones du Canada dans votre projet ?

À Sept-Îles, on est 25 000 habitants, et environ 5 000 d’entre eux sont autochtones, en majorité des Innus. C’est 20 % de la population ! La relation qu’on entretient est vraiment bonne. La communication est fluide. On se connaît, au cégep, à l’école. Les autochtones utilisent les sentiers comme tout le monde, et ils sont nos meilleurs ambassadeurs de bonnes pratiques puisqu’ils sont une longue histoire de proximité avec la nature. Après, oui, il y a des enjeux miniers dans la région qui les touchent directement, mais dans le contexte des sentiers, il n’y a pas de tension. Tout le monde est bienvenu.

Comment est née votre passion pour la randonnée ?

C’est une histoire à deux, en quelque sorte. Mes parents m’ont initié à la randonnée quand j’étais petit, on allait souvent dans les Pyrénées. Mais ensuite, c’est vraiment ma conjointe qui a ravivé cette passion. Elle est Québécoise et elle a toujours rêvé d’être guide de haute montagne. Ça fait une dizaine d’années qu’on est ensemble, et c’est devenu notre passion commune.

On se complète bien : elle est l’exploratrice, la sportive, celle qui écrit les beaux textes pour le site. Moi, je suis plus planification, cartes, GPS. Ensemble, on coordonne chaque sortie.

Comment démystifier la randonnée pour les gens qui pensent qu’il faut beaucoup de moyens ?

Trop de gens pensent qu’il faut un équipement haut de gamme et des moyens considérables pour se lancer dans la randonnée. C’est faux. La clé réside dans la progressivité. On ne se lance pas dans un sentier dangereux sans préparation. Il faut commencer simple : une petite promenade en forêt, apprendre à se repérer sans GPS, simplement profiter d’être là.

L’autre piège : acheter tout son équipement d’un coup. C’est cher, et honnêtement, c’est inutile. Si vous pratiquez progressivement, vous découvrirez ce dont vous avez vraiment besoin.

La randonnée devient accessible quand on se prépare intelligemment et qu’on y va étape par étape.

Quel sentier vous a particulièrement marqué ?

Choisir un seul sentier préféré ? C’est impossible ! Mais il y en a un qui reste particulier : le Petit-Havre-de-Matamec, tout près de Sept-Îles.

En langue innue, « Matimek »  signifie « la truite », référence aux truites et saumons qui peuplent la région.

C’était mon premier sentier quand je suis arrivé ici, avec des amis. Il fait vraiment partie de mon histoire au Canada. Cette belle boucle de 4 kilomètres traverse quatre écosystèmes différents : littoral, tourbière, forêt, marais. Des oiseaux magnifiques, des roches colorées. C’est le sentier parfait pour découvrir la région et c’est aussi familial.

Julien Picherit

 

 

 

 

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