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Depuis dix ans au service des chats abandonnés : le quotidien d’Estelle Demange

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Chaque jeudi soir depuis près de dix ans, Estelle Demange consacre son temps libre au refuge Réseau Secours Animal à Montréal. Entre nettoyage, soins quotidiens et gestion d’équipe, elle participe au bien-être de plus d’une centaine de félins en attente d’un foyer. Son engagement met en lumière l’importance du bénévolat face à une hausse des abandons. 

Pourriez vous nous expliquer en quoi consiste l’équipe entretien du refuge ?  

Je suis bénévole dans un refuge pour chats de Montréal depuis 2016 et fais partie de la plus grande équipe du refuge, soit celle des bénévoles à l’entretien. Nous assurons des quarts de trois heures environ, tous les matins et tous les soirs, chaque jour de l’année, par une équipe différente selon le quart de la semaine.

Chaque équipe est composée d’environ 8 bénévoles, je fais partie de celle des jeudis soirs. Depuis 2020 je suis la cheffe de l’équipe entretien des jeudis soirs. Notre mission est d’assurer un environnement propre et sécuritaire aux chats : principalement on nettoie les litières, les couvertures et les planchers, et on donne de l’eau fraîche et des croquettes.

Ça peut paraître simple cependant chaque soir il y a des cas particuliers à traiter et en tout temps il faut respecter les protocoles en place afin d’assurer notre mission au mieux pour la centaine de chats présente au refuge.

Vous êtes dans ce refuge depuis 10 ans à peu près : que diriez vous a changé dans les critères d’adoption des familles dans l’adoption d’un chat ? Concrètement qu’est-ce qui rend une famille compétente pour accueillir un chat et quel profil de chat a le plus tendance à être adopté ?

Le plus souvent, les gens veulent adopter de jeunes chatons. Au refuge nous avons surtout des chats plus âgés qui peuvent patienter des années avant de se faire adopter! Nous prônons l’adoption des chats plus âgés qui eux aussi méritent une place dans une bonne famille. Adopter un chat plus âgé permet d’être déjà fixé sur son caractère, l’idéal si la famille a des critères relatifs au comportement comme un chat plus calme ou un chat plus câlin. Les finances personnelles sont aussi à considérer : par exemple un chat qui nécessite un traitement médical régulier, en plus des visites annuelles au vétérinaire, va coûter plus cher.

Les adoptions au refuge passent par un formulaire à remplir en ligne. Les adoptants doivent être prêts à bien accueillir un chat dans leur foyer : pouvoir accorder du temps au chat, comprendre que c’est une responsabilité à long terme, avoir l’environnement adéquat pour le chat.

Par exemple, certains chats ont besoin d’être le seul animal de la maison, il ne faut pas avoir d’autre chat ou de chien.

Comment votre activité bénévole a-t-elle influencé votre façon de travailler  dans votre métier ?

Le bénévolat permet de développer des compétences qui sont tout aussi utiles au travail cependant cela reste deux univers très différents. Au refuge on doit collaborer avec des personnes de tous horizons alors qu’au travail on peut avoir de nombreux collègues qui ont un parcours similaire au nôtre.

On fonctionne en équipe que ce soit au refuge ou au travail. Le bénévolat au refuge nous permet d’acquérir ou d’améliorer des qualités telles que l’adaptabilité : il faut faire en fonction des bénévoles qui rejoignent l’équipe, en personnalisant la formation donnée les premières semaines par exemple ou encore en improvisant avec les moyens du bord pour régler un problème matériel au refuge. Cette compétence est tout aussi utile au travail où chaque situation à traiter est différente.

Depuis que je suis cheffe d’équipe, je fais encore plus attention à donner le bon exemple en tout temps, que ce soit dans mon comportement ou ma communication. Au travail il est tout aussi important de faire attention à comment on s’exprime. 

Dans le cadre du bénévolat dans un refuge, vous assurez le suivi des animaux depuis leur arrivée jusqu’à leur adoption il y a-t-il un chat ou une famille qui vous a particulièrement marqué ?

J’aime souvent dire que les chats du refuge, on les aime tous pareil !

La plupart d’entre eux qui arrivent au refuge n’ont pas eu de chance : ils ont été abandonnés, parfois ils ont vécu dehors et on sait comme il peut faire froid à Montréal l’hiver. Alors une fois chez nous, je ne veux pas faire de différences. Ils méritent tous d’être aimés.

Il y a cependant des histoires plus marquantes que d’autres : un chat rescapé après sept jours enfermé dans une petite cage dans un appartement vidé par l’ancien occupant… Des blessures impressionnantes qui sont soignées grâce à l’argent reçu des donateurs.

À savoir qu’aucune aide publique n’est versée au refuge, tout l’argent vient des donateurs.

Environ 52% des ménages québécois ont un animal de compagnie selon la SPCA, cependant le taux d’abandon, lui, a particulièrement augmenté ces dernières années, comment l’avez-vous ressenti au sein du refuge ?

Beaucoup de facteurs expliquent les abandons ici : peu de logements acceptent les animaux, les frais vétérinaires augmentent mais aussi malheureusement un manque de responsabilité de personnes face aux animaux avec lesquels ils ont pourtant vécu… Au refuge, on voit des chats arriver pour toutes sortes d’abandons : incapacité à payer une facture vétérinaire, chat retrouvé dans un logement vide pour ne citer que ceci.

Beaucoup de déménagements au Québec sont autour du 1er juillet et on note à chaque fois une hausse des demandes de prise en charge à ce moment de l’année. Avant l’hiver aussi les gens s’activent à trouver une place en refuge pour le nouveau chat qu’ils ont vu dehors tout l’été. Le refuge tourne avec des places limitées bien sûr, et malheureusement il y a toujours beaucoup de demandes, il faut en refuser beaucoup. Globalement le refuge tourne presque à pleine capacité en permanence.

Pourriez vous nous décrire votre journée type au refuge ? Pensez-vous qu’une activité de bénévole dans un refuge est compatible avec tous les métiers ?

Je vais au refuge tous les jeudis soirs. Le quart commence à 18h et on est plusieurs à arriver en avance. On commence par faire le tour de la quinzaine de salles du refuge, pour s’assurer que les chats vont bien et ramasser les bols vides à laver. On prépare la cuisine afin de pouvoir laver une centaine de bols dans la soirée et des dizaines de pelles à litière, en plus d’autres tâches à faire en cuisine. Chaque bénévole fait l’entretien d’une ou plusieurs salles et participe au lavage du linge et en cuisine.

On essaie de terminer pour 21h même si souvent ça finit un peu plus tard : il y a toujours tellement à faire pour le bien-être des minous! Le bénévolat au refuge dans l’équipe entretien est compatible avec tous les métiers du moment que l’horaire de travail nous permet de respecter notre engagement bénévole.

Il suffit d’être motivé à faire une différence dans la vie des chats qu’on aime tant.

Qu’est ce que votre activité bénévole vous a le plus apporté ?

On fait quelque chose de précieux et d’utile, qui a un sens et un impact direct. Grâce à nous, les chats ont un environnement propre et sécuritaire pour vivre. C’est une fierté et un accomplissement de consacrer une partie de sa vie au bénévolat. Le refuge c’est aussi de superbes rencontres : au fil des années plusieurs personnes sont passées par l’équipe du jeudi soir et nombreux sont les bons souvenirs. Encore aujourd’hui l’équipe compte plusieurs bénévoles qui sont là depuis des années, on forme une super équipe et on aime faire notre bénévolat ensemble.

Merci à vous et vive les chats !

L’équipe du jeudi du refuge Réseau Secours Animal

Credits Photos : Marie-Ève Grégoire

Site du Refuge – Page facebook

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