Mattys Colas est assistant-chercheur spécialisé dans la gestion des risques et des catastrophes. Formé en Hygiène, Sécurité et Environnement à Bordeaux, il travaille aujourd’hui à Taïwan sur des modèles algorithmiques capables d’anticiper les catastrophes naturelles et technologiques.
Après plusieurs stages en France et au Japon, il s’est orienté vers la recherche appliquée autour des risques industriels, climatiques et des systèmes d’alerte. Son parcours l’a conduit à collaborer avec des laboratoires internationaux et des institutions publiques sur des projets mêlant intelligence artificielle, prévention des catastrophes et sécurité civile.
Pouvez-vous présenter votre parcours et expliquer comment vous êtes arrivé dans ce domaine très spécialisé ?
Originaire du Vaucluse, j’ai ensuite étudié à Bordeaux dans un bachelor Hygiène, Sécurité et Environnement. C’est une formation très pluridisciplinaire : on y fait du droit, de la physique, de la chimie, mais aussi de la gestion des risques technologiques et naturels.
Très tôt, on nous pousse à faire des stages et à découvrir différents milieux. J’ai travaillé avec des laboratoires, des institutions publiques, puis je suis parti au Japon dans un institut de recherche lié à l’université de Kyoto.
C’est là que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la recherche sur les catastrophes et aux systèmes de prévention.
Aujourd’hui, je poursuis un master à Taïwan et je travaille comme assistant-chercheur sur des modèles capables d’anticiper les risques en combinant plusieurs sources de données.
De plus, j’en profite pour vous dire que je suis également co-fondateur de Quetzal (aux côtés de deux amis français et belges), une startup en cours de développement dont l’ambition est de transférer des technologies avancées d’analyse et de prévention des risques vers les PME, grands groupes et acteurs institutionnels.
Qu’est-ce qui vous passionne dans la recherche sur les catastrophes et les risques ?
Ce qui m’intéresse, c’est qu’il n’y a jamais de routine. On travaille sur des situations extrêmement complexes qui mélangent technologie, société, environnement, économie et politique publique.
Dans notre domaine, on essaie de comprendre comment une catastrophe peut se produire, comment elle évolue, et surtout comment limiter ses conséquences humaines et économiques.
On réfléchit autant aux infrastructures qu’aux comportements humains ou à l’organisation des villes.
C’est aussi un domaine très concret : nos recherches peuvent directement servir aux pompiers, aux hôpitaux, aux entreprises ou aux gouvernements.
Sur quoi travaillez-vous actuellement à Taïwan ?
Je travaille sur un projet financé par le gouvernement taïwanais autour des catastrophes dites “cascadantes”, c’est-à-dire lorsqu’un événement naturel provoque ensuite un accident technologique.
L’objectif est de développer un système capable de croiser énormément de données : météo, infrastructures, mouvements de terrain, risques industriels, données urbaines… pour prédire les situations critiques avant qu’elles ne deviennent incontrôlables.
Nous développons aussi des outils d’alerte et des applications capables d’aider les services d’urgence à mieux répartir les ressources en cas de crise.
Selon vous, pourquoi les étudiants hésitent-ils encore à se tourner vers la recherche ?
En France, la recherche est souvent présentée comme quelque chose de très fermé ou très théorique. Beaucoup d’étudiants ont aussi peur du manque de débouchés ou de la longueur des études.
Mais à l’international, notamment dans les domaines scientifiques et technologiques, les profils français sont très recherchés. Il existe énormément d’opportunités, de financements et de programmes à l’étranger.
Je pense surtout qu’on manque d’exemples concrets montrant que les parcours peuvent être non linéaires. On peut tester plusieurs choses, changer de voie, partir à l’étranger, se spécialiser plus tard. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas eu un parcours “parfait” qu’on ne peut pas faire de la recherche ou travailler sur des projets ambitieux.
Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes qui cherchent encore leur voie ?
Je leur dirais surtout d’oser essayer. On est souvent formatés à suivre un chemin très précis, alors qu’en réalité beaucoup de portes existent.
Il ne faut pas avoir peur de changer de direction, de voyager, de découvrir de nouveaux domaines ou de sortir du cadre classique. Les expériences, la curiosité et la diversité des parcours deviennent aujourd’hui de vraies forces.



