Une crise énergétique mondiale aux conséquences économiques croissantes
La guerre au Moyen-Orient dure désormais depuis plus de deux mois. Et avec elle, une crise énergétique mondiale qui commence à produire des effets très concrets sur l’économie française. Le blocage du détroit d’Ormuz – par lequel transitaient auparavant près de 160 navires par jour, contre une douzaine aujourd’hui – provoque une flambée durable des prix du pétrole et du carburant.
Cette hausse ne touche plus seulement les automobilistes. Elle se diffuse progressivement à toute l’économie : transport, agriculture, industrie, bâtiment. Dans ce dernier secteur, on évoque déjà jusqu’à 10 000 emplois menacés en France.
Face à cette situation, les gouvernements du monde entier prennent deux types de mesures : les économies d’énergie et les aides aux consommateurs, ou les deux. En France, cela passe par le soutien à la voiture électrique, les incitations à installer des panneaux solaires, mais aussi des aides ciblées pour les travailleurs modestes grands rouleurs ou certains secteurs particulièrement exposés, comme l’agriculture ou le bâtiment.
À ce stade, ces dispositifs représentent environ 330 millions d’euros. Mais le Premier ministre a annoncé mardi un «changement d’échelle » des aides publiques, avec un élargissement probable des secteurs soutenus.
Le débat autour des profits de TotalEnergies et de la justice économique
Dans le même temps, l’exécutif continue de discuter avec les groupes pétroliers afin de maintenir les plafonnements pratiqués par TotalEnergies sur les carburants. Mais le gouvernement n’exclut plus désormais une taxation des « superprofits », alors que le groupe a enregistré près de 5 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre, en hausse de plus de 50 % sur un an grâce à l’explosion des cours du brut.
TotalEnergies répond qu’une surtaxation pourrait remettre en cause le plafonnement actuellement appliqué en France – seul pays où le groupe le pratique – et rappelle qu’il devra déjà contribuer à la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises.
Mais au fond, le débat dépasse largement la question fiscale.
Il pose d’abord celle de la responsabilité sociale des grandes entreprises. Peut-on continuer à réaliser des profits records lorsque des millions de ménages voient leur pouvoir d’achat s’effondrer ? TotalEnergies reconnaît elle-même qu’il existe une responsabilité particulière, sinon le groupe ne plafonnerait pas volontairement ses prix en France.
Les limites du pouvoir de l’État face aux géants énergétiques mondialisés
Il pose ensuite la question du rôle de l’État face à ces géants énergétiques mondialisés. Car TotalEnergies n’est pas Elf : l’État français détient moins de 2 % de son capital, principalement via la Caisse des dépôts. Autrement dit, il dispose de peu de leviers directs pour influencer la stratégie du groupe.
Et pourtant, TotalEnergies reste un acteur stratégique majeur pour la France. Le groupe emploie des milliers de Français à l’étranger, contribue au rayonnement économique du pays et demeure un pilier de la présence française dans de nombreuses régions du monde.
C’est là tout le paradoxe : l’énergie demeure un enjeu de souveraineté nationale, mais les États ont progressivement perdu une partie de leur capacité à orienter les décisions des entreprises qui structurent pourtant cette souveraineté.
Le débat sur les superprofits ne porte donc pas seulement sur l’impôt. Il interroge la place de l’État dans l’économie, la responsabilité sociale des multinationales et, plus largement, les limites du pouvoir politique face à une crise énergétique qui se mue peu à peu en crise économique.


