La Caisse des Français de l’étranger (CFE), pilier discret mais essentiel de la protection sociale des Français de l’étranger, traverse une crise structurelle. Un an après la remise d’un rapport d’inspection sévère, le Gouvernement esquisse des pistes de réforme, tout en laissant planer des incertitudes sur leur mise en œuvre.
Des difficultés financières désormais installées
Longtemps présentée comme un modèle d’équilibre, la CFE a basculé dans le rouge. Le constat dressé par la mission conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale des finances (IGF) en juin 2025 est sans appel : la caisse doit se réformer pour survivre. Le CFE accuse un déficit de 18,4 millions d’euros en 2024.
Cette évolution n’est pas conjoncturelle, mais bien structurelle. Elle s’explique d’abord par un facteur global : la hausse des coûts de santé à l’échelle mondiale, fortement accélérée depuis la crise du Covid-19. Pour un organisme qui rembourse des soins réalisés partout dans le monde, cette inflation est particulièrement difficile à absorber. Mais au-delà de ce contexte international, c’est le modèle même de l’expatriation française qui s’est transformé. Là où les entreprises prenaient autrefois en charge des contrats collectifs pour leurs salariés détachés, elles privilégient désormais des recrutements locaux.
Une tarification devenue inadaptée
Le rapport d’inspection met également en lumière une faiblesse majeure : la sous-tarification chronique des offres de la CFE. Conçue historiquement pour être attractive et accessible, la grille tarifaire ne reflète plus les réalités économiques actuelles.
Ce déséquilibre est aggravé par des contraintes héritées de réformes passées. La loi de 2018, en plafonnant les hausses de cotisations pour certains contrats anciens, a contribué à rigidifier le système. Huit ans plus tard, cette mesure produit des effets pervers : environ 10 000 contrats restent concernés, générant un manque à gagner estimé à 15 millions d’euros par an.
La concurrence du secteur privé
La CFE est par ailleurs confrontée à une concurrence accrue du secteur privé, qui propose désormais des offres souvent plus attractives sur le plan tarifaire. Ces acteurs ciblent en priorité les profils les moins risqués, laissant de côté les assurés susceptibles de générer des dépenses de santé élevées.
Ce phénomène de sélection des risques – propre à tout modèle assurantiel – fragilise mécaniquement la caisse, qui ne joue pas à armes égales. Progressivement, la CFE concentre une proportion croissante d’assurés dits « à risque élevé » : personnes en affection de longue durée, assurés plus âgés ou présentant des pathologies préexistantes.
Car contrairement aux assureurs privés, la CFE ne peut opérer de sélection à l’entrée. Elle est tenue d’assurer toute personne de nationalité française – ou ses ayants droit – dès lors qu’elle s’acquitte de sa cotisation.
La délégalisation privilégiée pour sortir de l’impasse
Le mécanisme de sortie des anciens contrats – les contrats « ex » – aujourd’hui plafonnés soulève des enjeux juridiques importants. Deux voies étaient initialement envisagées : une intervention législative ou le recours à une procédure de délégalisation permettant de modifier ces dispositions par voie réglementaire.
La réponse au Sénat le 14 avril 2026 de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, à la Sénatrice des Français de l’étranger Sophie Briante Guillemont, marque à cet égard une évolution claire. La ministre a confirmé l’engagement d’une procédure de délégalisation du mécanisme de plafonnement des cotisations.
Voir l’intervention de la Sénatrice Sophie Briante Guillemont à ce sujet >
Ce choix vise à accélérer l’adaptation du cadre juridique, en évitant les délais d’une réforme parlementaire. Il traduit également une reconnaissance du caractère réglementaire de ces dispositions, pourtant inscrites dans la loi depuis 2018. Reste à savoir dans quels délais cette procédure sera effectivement engagée – une question également posée au Premier ministre – et avec quels effets concrets pour les assurés concernés.
La question sensible du rôle de l’État
Au-delà des questions techniques, le débat révèle un enjeu plus fondamental : celui de la place de l’État dans le financement de la solidarité envers les Français de l’étranger.
Le dispositif dit de la « catégorie aidée » illustre parfaitement cette tension. Destiné aux Français de l’étranger aux revenus modestes, il permet de bénéficier de cotisations réduites. Mais son financement repose très largement sur la CFE elle-même. Avec un coût annuel proche de 5 millions d’euros, pour une contribution publique limitée à 380 000 euros, le déséquilibre est manifeste. La question est donc clairement posée : l’État doit-il assumer davantage ce rôle de solidarité ?
Des pistes de réforme encore en construction
Face à l’urgence, le Gouvernement affirme sa mobilisation, mais avance avec prudence. Trois axes de travail ont été identifiés :
- faire évoluer le cadre applicable aux contrats à cotisations plafonnées
- engager un redressement progressif des comptes dans le cadre d’une nouvelle convention entre l’État et la CFE
- réformer le dispositif de la catégorie aidée afin d’en améliorer le ciblage et la soutenabilité
Ces orientations traduisent une prise de conscience réelle, mais elles restent à ce stade largement programmatiques. Aucun calendrier précis n’a été communiqué, ce qui alimente les interrogations sur la capacité à enrayer rapidement la dégradation financière.
Une gouvernance également en question
Le rapport d’inspection ne se limite pas aux aspects financiers. Il souligne également la nécessité d’une réforme de la gouvernance de la CFE, jugée insuffisamment adaptée aux enjeux actuels.
Un risque direct pour les Français de l’étranger
Derrière ces débats techniques se joue une question très concrète : celle de l’accès à la protection sociale pour plus de 100 000 Français établis hors de France.
La CFE occupe une position singulière : elle permet à ses adhérents de bénéficier d’une couverture inspirée du modèle français, dans des environnements sanitaires très hétérogènes. Sa fragilisation pourrait donc avoir des conséquences directes sur la sécurité sanitaire de nombreux Français de l’étranger.
L’urgence d’un arbitrage politique
Un an après la remise du rapport IGAS-IGF, le diagnostic est posé et certaines orientations se précisent, notamment sur la délégalisation du plafonnement des cotisations. Mais l’absence de calendrier et de mesures concrètes nourrit l’impatience des parlementaires.
La situation de la CFE dépasse désormais la seule question technique. Elle appelle un arbitrage politique clair : adapter en profondeur le modèle existant ou repenser plus largement la protection sociale des Français de l’étranger. Dans tous les cas, le temps joue contre la caisse. Et chaque retard rend la réforme plus délicate.



16 réponses
Comment adhère-t-on à la CFE s’il vous plaît ?Quelles sont toutes les conditions d’éligibilité ? Merci de votre retour.
Cordialement
Claude BENICHOU
Le CFE accuse un déficit de 18,4 millions d’euros en 2024.
….
Ce déséquilibre est aggravé par des contraintes héritées de réformes passées. La loi de 2018, en plafonnant les hausses de cotisations pour certains contrats anciens, a contribué à rigidifier le système. Huit ans plus tard, cette mesure produit des effets pervers : environ 10 000 contrats restent concernés, générant un manque à gagner estimé à 15 millions d’euros par an.
Facile a trouver la cause principale des pertes. Me demandant qui a pu oser signer une loi pareille …. plafonnant les cotisations… just irresponsable…
Analyse très préoccupante. On ne peut pas demander à la CFE d’assumer seule la solidarité nationale (notamment pour la « catégorie aidée ») avec un financement public aussi dérisoire. Si l’État veut maintenir ce pilier de la protection sociale pour les expatriés, il doit prendre ses responsabilités financières et ne pas laisser la caisse s’épuiser face à une concurrence privée qui, elle, choisit ses risques. L’arbitrage politique est urgent.
Promouvoir la CFE auprès des acteurs majeurs de l’expatriation serait une solution. Les efforts de promotion sont extrêmement limités. Les représentants des expatriés (ambassades et consultants) pourraient se faire le relais local et orienter les potentiels assurés.
Le grave problème est qu’on est mal remboursé et si on a une maladie serieuse, les assurances complémentaires que nous suggère la CFE ne nous accepté pas. Je serai d’accord de payer plus cher ma cotisation si le remboursement serait meilleur
Mon commentaire à L’ASFE :
Pour les petits retraités vivant avec moins de 1500 euros mensuel comment voulez-vous adhérer à la CFE ? beaucoup s’ils ont quitté la France c’est pas forcément par opulence mais pour vivre plus décemment, avec à l’étranger un logement au loyer plus faible et un coût de la vie plus abordable; on aimerait tous prendre la retraite et finir notre vie au pays natal mais les conditions actuelles ne nous le permettent pas sauf à quémander ou solliciter auprès du social (qui lui-même est en faillite).
Bonjour,
Les retraités expatriés sont exclus de l’assurance maladie francaise. Pourtant une cotisation de 3,2% ou 4,2% selon le type de caisse de retraite, le COTAM, est prélevé sur leurs pensions au profit de la Sécurité Sociale. D’aprés des explications données par cet organisme, ce serait pour « participer à l’équilibre général de la Sécurité sociale. »
Si, comme on le dit les retraités coutent cher à la CFE, pourquoi cette cotisation ne serait pas versée à la CFE, pour le moins pour les pensionnés qui y adhérent.
C’est quand meme un comble que l’on nous prélève une espèce de cotisation de solidarité pour un organisme auquel nous n’avons pas droit quand celui auquel nous adhérons rencontre des difficultés financières.
Bonjour,
Les retraités expatriés français ne sont absolument pas exclus de la Sécurité Sociale Française ! Un accord existe entre Sécurité Sociale Française et la « Sécurité Sociale » espagnole. Retraités en Espagne, vous êtes prit en charge par la Sécurité Siciale Espagnole. Pour les soins se rendre dans le CAP de votre lieu de résidence. Et à l’hôpital tout est gratuit.
Adressez vous à votre caisse de sécurité sociale en France pour faire le transfert vers l’Espagne. De plus vous garder votre carte vitale Française et vous pouvez aussi vous faire soigner en France avec prise en charge de la Sécu.
Bonjour Francis,
Votre remarque est pertinente, mais les retraités expatriés ayant cotisé au moins 15 ans en France demeurent couverts par la Sécurité Sociale pour leurs frais en France. Quand un retraité rentre en France et profite du séjour pour faire des examens, soins, visites médicales ou même une hospitalisation, c’est la Sécurité Sociale qui paie et non la CFE. Ce n’est pas le cas des actifs.
C’est ce qui explique que la CFE propose un régime adapté à cette situation avec une cotisation réduite. Ainsi un retraité paiera 492 € de cotisation trimestrielle CFE, alors qu’un non pensionné de 65 ans paiera 867 €.
La cotisation prélevée sur vos retraites vous permet donc bien de bénéficier de prestations.
Excellent organisme. J ai cotise durant des annees. Je suis maintenant a la retraite.
Paiements ponctuels. Service impeccable
Je vais prochainement inscrire mes deux filles, qui sont francaises et habitent aux Etats Unis.
A regler le probleme du deficit, bien sur.
Avec de la bonne volonte et de la bonne foi, tout se resout.
Adhérent à la clé pourquoi ne pas rembourser les médicaments achetés en France pour mon cas pour une durée de 6 mois (3 mois avec ma retraite France OK) et le solde , mon remboursement m’a été refusé alors qu’un achat local coûte plus chère me l’aurai été
Quel excellent organisme ? cfe ?
Les problemes on en parle depuis des annees mais ils sont visibles depuis beaucoup plus longtemps.
D accord que c est un probleme de gouvernance : c est sans appel
Ca a ete gouverne par des personages a mentalite de fonctionnaires au jour le jour : rien n a jamais etait fait pour ameliorer le management, cad la gouvernance. Citer des contraintes gouvernementales est facile. Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement est blanchi, bien loin de cela. Mais rien n a jamais ete fait dans un contexte de bon management, sinon galerer contre le courrant d une societe qui evolue. Une gouvernance se doit envers et contre tous de naviguer les courrants.
La qualite des prestations ( des services ) ne s est vraiment jamais amelioree : systemes informatiques mal concus, dialogue avec clientele inexistant, informations vagues et vaseuses, a la limite, de la desonnete, contradictions, +++
C est vraiment tres dommage
Il est vrai que les expatriès sont particulièrement « soignés », notamment par les complémentaires santé qui se gavent sur notre dos; ainsi, mon petit cas : une cotisation CFE + une cotisation complémentaire peuvent aller jusqu’à eur 11.000 par an…et les remboursements constatés se montent à 2800/3000 par an soit un différentiel de eur 8000 par an qui seraient pourtant bien mieux sur mon compte en banque; que les assurés participent à la solidarité OK; que les assurances gagnent leur vie OK ; qu’on y laisse quelques plumes OK…mais eur 8000 par an multiplié par X années, c’est vraiment beaucoup trop d’autant que rien ne s’est aggravé et qu’aucune pathologie nouvelle n’est apparue. ET ON S ETONNE QUE LES EXPAT SOIENT MAL COUVERTS !!! Ce phénomène, comme beaucoup d’autres, sont parfaitement connus et on fait quoi ?? RIEN RIEN ET RIEN.
Si les 100.000 Français voir-même un seul de ces Français vivant à l’étranger devait rentrer en France faute d’avoir la possibilité d’être couvert par une assurance santé. Il serait immédiatement à la charge se l’Assurance Santé Française la SÉCU. Finalement cela changerait quoi ? Un transfert des couts d’une assurance à une autre. L’immense majorité des assurés de la CFE ont avant leur expatriation cotisée à l’assurance santé Française SÉCU. S’il y a de l’argent pour l’AME moralement la priorité doit aller à la CFE, c’est-à-dire ceux qui ont contribué pendant des décennies au système de santé Français.
Impossible pour moi, en tant que francaise à l’Ile Maurice, de contribuer à la CFE. Son cout represente la moitié de mon salaire mensuel, pour mon epoux et moi-meme….
Je trouve les prix de cotisation à la CFE si élevés que j’ai renoncé à considérer la CFE. Je trouve cela dommage, mais c’est juste trop cher pour mon budget.