Depuis combien de temps êtes-vous engagée dans votre parcours au Canada et comment cela a-t-il commencé ?
Il y a environ 12 à 13 ans, nous avons souhaité nous installer au Canada, mais nous ne répondions pas aux critères, notamment en raison d’un nombre insuffisant d’années d’études. Nous avons alors effectué trois visites exploratoires. Lors de la troisième, nous avons décidé que je devais revenir avec un visa étudiant. J’ai donc suivi une année d’études au dans la ville francophone d’Edmundston.
À notre arrivée, nous avons été confrontés à un premier choc : vivre en français n’est pas aussi évident qu’en France. Cela nous a fait prendre conscience que la langue française peut représenter un véritable défi à l’étranger.
Comment s’est déroulée votre intégration et votre engagement dans la communauté locale ?
Nous avons été très bien accueillis, ce qui m’a donné envie de m’investir à mon tour. Je me suis engagée bénévolement dans un organisme local pour accompagner les nouveaux arrivants et participer aux visites exploratoires.
En parallèle, j’ai suivi une formation en gestion de PME, ce qui m’a permis de valoriser mon expérience professionnelle acquise en France en tant que comptable.
J’ai également constaté que les diplômes et expériences françaises ne sont pas automatiquement reconnus au Canada. Les démarches de reconnaissance sont longues, coûteuses et parfois complexes, malgré certaines évolutions récentes.
Quel rôle joue le réseau et la vie sociale dans l’intégration au Canada ?
Le réseautage est essentiel, en particulier dans les petites villes. Participer à des activités permet d’être identifié et intégré plus rapidement. À l’inverse, les personnes qui restent isolées rencontrent davantage de difficultés, notamment pour trouver des stages ou un emploi.
Beaucoup de nouveaux arrivants ont tendance à rester en retrait, par peur ou manque d’habitude. Pourtant, l’intégration passe par la participation active à la vie locale. Au Canada, il y a peu de jugement, ce qui facilite les échanges et les reconversions professionnelles à tout âge.
Comment avez-vous accompagné les nouveaux arrivants, notamment pendant la pandémie ?
Avant la pandémie, j’organisais chaque semaine des cafés-rencontres pour favoriser les échanges entre nouveaux arrivants et habitants locaux. Ces rencontres réunissaient une dizaine de participants et permettaient de créer des liens entre les cultures.
Avec la pandémie, j’ai adapté ce dispositif en organisant des cafés-causeries virtuels via Zoom. L’objectif était de maintenir le lien social et de permettre aux futurs arrivants de commencer à créer un réseau avant même leur arrivée.
Ces rencontres ont connu un grand succès, réunissant jusqu’à 90 participants venant du monde entier.
Comment avez-vous développé votre réseau et vos outils de communication ?
J’ai créé des groupes Facebook pour rassembler les personnes intéressées et diffuser des informations utiles. Au départ, la promotion s’est faite via mon réseau personnel, puis les groupes ont grandi progressivement grâce au bouche-à-oreille.
Avec le temps, j’ai également créé des espaces plus restreints pour permettre des échanges plus libres et personnels entre membres.
Avez-vous un souvenir marquant lié à votre engagement ?
J’ai accompagné de nombreuses familles, notamment lors de visites exploratoires. Nous leur faisions découvrir la région, mais surtout la vie quotidienne : les services, les activités, les lieux de rencontre comme les bibliothèques, qui jouent un rôle social important au Canada.
Un souvenir marquant est celui d’une soirée dans une micro-brasserie, où une famille a pu découvrir spontanément la convivialité locale. Ce type d’expérience illustre bien l’importance des échanges informels dans l’intégration.
Quel regard portez-vous sur l’immigration au Canada aujourd’hui ?
Le Canada est souvent présenté de manière très positive, mais les difficultés sont rarement évoquées. Or, immigrer demande un investissement important en temps, en énergie et en ressources financières.
Être mieux informé en amont permettrait aux nouveaux arrivants de mieux se préparer et de vivre une transition plus sereine.
Avez-vous gardé des liens avec les personnes que vous avez accompagnées ?
Oui, nous sommes restés en contact avec beaucoup d’entre elles. Certaines sont devenues proches, d’autres suivent simplement les échanges via les réseaux sociaux. Elles continuent de me solliciter en cas de besoin, même si les groupes que j’anime leur permettent aujourd’hui d’accéder facilement à de nombreuses informations.

Christine Privat



Une réponse
Merci ASFE pour ce retour très concret.
Canadien de naissance et co-listier sur la liste électorale ASFE à Francfort dans le cadre des élections des conseillers des Français de l’étranger, je confirme sans détour : au Canada comme en Allemagne — et dans une certaine mesure en France — le réseau, la présence terrain et la capacité à créer du lien font la différence, bien au-delà des diplômes seuls.
Avec des nuances : l’Allemagne valorise fortement les parcours structurés et les références, la France reste encore marquée par les diplômes, tandis que le Canada laisse souvent davantage de place à la dynamique relationnelle et à la capacité d’intégration rapide.
Un point encore trop souvent sous-estimé — et qui fait écho à ma propre réflexion actuelle autour d’un retour au Canada.
Bravo Christine Privat pour cet engagement utile et lucide.
Et tous mes vœux de réussite pour votre retour en France — au plaisir d’échanger !