Quatre ans. En février, la guerre en Ukraine est entrée dans un temps que l’on n’ose plus qualifier : ni urgence, ni surprise, ni même scandale quotidien. Elle est devenue une toile de fond, un bruit constant, une tragédie installée dans la routine de l’actualité mondiale. Et c’est peut-être là sa victoire la plus cynique.
De l’événement au paysage : l’installation d’une guerre durable
En quatre ans, l’Europe a redécouvert ce qu’elle croyait relégué aux livres d’histoire : les lignes de front figées, les villes rayées de la carte, les millions de réfugiés, l’économie de guerre, la peur comme horizon politique. L’Ukraine, elle, a payé le prix fort. Des générations entières ont grandi sous les alertes aériennes, appris à vivre avec l’absence, le deuil et l’incertitude. La résistance héroïque des premiers mois s’est transformée en endurance obstinée, presque silencieuse. Le peuple russe également a redécouvert ce que signifie l’enrôlement forcé et la propagande de guerre. Sans que l’on puisse précisément estimer le nombre de pertes humaines en quatre ans.
Face à cela, le monde a oscillé entre solidarité et fatigue. Les promesses ont été nombreuses, les soutiens à l’Ukraine parfois massifs, mais toujours conditionnels, toujours comptés. À mesure que la guerre s’enlise, l’attention internationale se disperse. D’autres crises émergent, d’autres urgences réclament leur place sur l’agenda mondial. La guerre en Ukraine n’a pas cessé ; elle a simplement cessé de surprendre.
Cette lassitude est dangereuse. Elle fragilise l’idée même que le droit international puisse encore servir de rempart face à la force brute. Elle envoie un message clair à ceux qui observent : le temps peut devenir une arme, et l’usure morale des démocraties une stratégie payante. Ce conflit n’est plus seulement une guerre territoriale, il est devenu un test de cohérence pour les valeurs que l’Occident affirme défendre.
Le risque majeur de la banalisation et de l’oubli
Quatre ans après, la question n’est donc plus seulement « comment finir cette guerre », mais « que sommes-nous prêts à accepter si elle se prolonge indéfiniment ? ». Une paix imposée ? Un gel du conflit ? Une normalisation de l’inacceptable ?
L’Ukraine continue de se battre, non seulement pour son territoire, mais pour le droit de choisir son avenir. Le monde, lui, doit décider s’il accepte que cette guerre devienne une page jaunie de l’actualité, ou s’il se rappelle que l’oubli n’a jamais été un chemin vers la paix.
Quatre ans après son déclenchement, cette guerre continue de peser durablement sur la stabilité européenne et sur l’ordre international.


