Vivre à l’étranger implique souvent de repenser sa situation fiscale, juridique et patrimoniale. Pourtant, de nombreux expatriés conservent des contrats d’assurance-vie souscrits en France sans en mesurer pleinement les conséquences au moment de la transmission.
Pour les expatriés, une question revient fréquemment : que se passe-t-il en cas de décès ?
La réponse n’est jamais automatique et dépend de nombreux paramètres qui dépassent largement le seul contrat d’assurance-vie.
Cet article a pour objectif de clarifier les règles applicables et d’alerter sur les points de vigilance essentiels afin de sécuriser la transmission de votre patrimoine.
1. Assurance-vie et décès : les règles « classiques » (quand on est résident français)
En France, l’assurance-vie bénéficie d’un régime successoral spécifique, distinct de la succession classique :
- Transmission hors succession
- Abattement de 152 500 € par bénéficiaire (primes versées avant 70 ans)
- Puis :
- 20 % jusqu’à 700 000 €
- 31,25 % au-delà
Pour les primes versées après 70 ans :
- Abattement global de 30 500 €
- Seules les primes (hors intérêts) entrent dans l’assiette successorale
👉 Jusque-là, tout va bien.
👉 Mais ces règles ne s’appliquent pas automatiquement lorsque l’on est expatrié.
2. Quand on est expatrié, la question n’est plus « combien », mais « où »
En matière d’assurance-vie au décès, la France ne regarde pas uniquement le contrat, mais surtout :
- la résidence fiscale du souscripteur
- la résidence fiscale du bénéficiaire
- le pays de l’assureur
- les conventions fiscales internationales
Autrement dit :
👉 ce n’est pas parce que vous êtes expatrié que vous échappez à l’impôt,
👉 mais ce n’est pas parce que le contrat est français que la France taxera forcément.
3. Le cas clé (souvent mal compris) :
souscripteur ET bénéficiaire non-résidents fiscaux français
C’est une situation très fréquente chez les expatriés… et pourtant mal anticipée.
🔍 Principe général
Lorsque ni le souscripteur ni le bénéficiaire ne sont résidents fiscaux français au moment du décès :
➡️ la France n’a pas automatiquement le droit d’imposer les capitaux décès.
Mais tout dépend d’un critère déterminant 👇
⚖️ Le critère central : le pays de l’assureur
🔹 Contrat souscrit auprès d’un assureur français
Même si :
- le souscripteur vit à l’étranger
- le bénéficiaire vit à l’étranger
👉 la France peut revendiquer un droit d’imposition, au motif que le contrat est juridiquement situé en France.
Dans ce cas, la fiscalité française (article 990 I du CGI) peut s’appliquer :
- abattement de 152 500 €
- taxation de 20 % puis 31,25 %
⚠️ Sauf si une convention fiscale internationale vient limiter ou neutraliser ce droit.
🔹 Contrat souscrit auprès d’un assureur luxembourgeois
Dans ce cas :
- la France n’a en principe aucun droit d’imposition
- la fiscalité dépend :
- du pays de résidence du défunt
- ou du bénéficiaire
- selon le droit local et les conventions existantes
👉 C’est précisément pour cette raison que l’assurance-vie luxembourgeoise est très utilisée par les expatriés.
4. Et les conventions fiscales dans tout ça ?
Les conventions fiscales internationales jouent un rôle clé… mais elles ne sont pas toutes équivalentes.
- Certaines conventions traitent explicitement des successions
- D’autres ne disent rien sur l’assurance-vie
- Certaines attribuent le droit d’imposer :
- à l’État de résidence du défunt
- ou à celui du bénéficiaire
- ou à aucun État (cas de pays sans droits de succession)
👉 En l’absence de convention claire, un risque de double imposition existe, même s’il reste parfois théorique.
5. Exemples concrets (pour mieux comprendre)
Expatriation aux Émirats arabes unis
- Pas de droits de succession locaux
- Assurance-vie luxembourgeoise :
✔️ transmission souvent sans fiscalité - Assurance-vie française :
⚠️ la France peut taxer, selon la lecture fiscale
Expatriation en Suisse
- Fiscalité successorale variable selon les cantons
- Importance de la convention France–Suisse
- Analyse indispensable du contrat et des bénéficiaires
6. Le piège n°1 : la clause bénéficiaire
Chez les expatriés, la clause bénéficiaire est souvent :
- obsolète
- inadaptée au droit local
- ou incompatible avec la réserve héréditaire du pays concerné
👉 Une clause mal rédigée peut entraîner :
- une fiscalité non anticipée
- des conflits entre héritiers
- des blocages juridiques au décès
7. Les erreurs les plus fréquentes des expatriés
- Penser que l’expatriation rend l’assurance-vie « non imposable »
- Conserver un contrat français par habitude
- Ne pas tenir compte du pays de résidence des bénéficiaires
- Ne jamais mettre à jour la clause bénéficiaire
- Ne pas anticiper un retour en France
8. Conclusion : l’assurance-vie reste un excellent outil… à condition d’être adaptée
L’assurance-vie demeure l’un des meilleurs outils de transmission, y compris à l’international.
Mais pour les expatriés, elle doit être pensée comme un outil évolutif, intégré dans une stratégie patrimoniale globale.
👉 Le bon contrat,
👉 la bonne localisation,
👉 la bonne clause bénéficiaire,
👉 au bon moment.
C’est cette cohérence qui permet de sécuriser la transmission et d’éviter les mauvaises surprises.




4 réponses
Bonjour, en effet je suis fiscalisee en rfa.und banque francaise voulait me vendre une assurance vie en vantant les avantages fiscaux dont je ne pourrais pas en profiter…publicite mensongere pour obtenir une commission de vente…
Bonjour,
Comment cela se passe t-il dans mon cas: Français retraité, résident au Brésil, épouse et deux filles ayant la double nationalité (Brésilienne et Française) ?
Je suis résident fiscal au Brésil
On aurait aimé avoir des informations sur la fiscalité de l’assurance vie au luxembourg pour un résident au Portugal.
Article très utile mais pas forcément assez informatif. Je suis française avec des assurances-vie en France (Banques) mais je réside en permanence au Royaume-Uni. Doivent elles être déclarées au fisc britannique. Mes enfants vivent en GB et en Pologne.