Répondre au défi du vieillissement de la population est l’un des enjeux les plus importants du siècle présent. En France, plus de 10 millions de personnes ont 65 ans et plus, soit près d’un Français sur six. En 2050, c’est un Français sur trois qui aura plus de 60 ans.
C’est dire si le financement des retraites s’annonce comme un casse-tête pour tous les prochains gouvernements. Dans son récent discours de politique générale, le premier ministre a lancé le chantier de la nouvelle réforme qui devrait être discutée d’ici à 2020. Sans doute faudra-t-il envisager d’autres ajustements dans un futur plus lointain si notre pays veut garder son régime par répartition. Mais, de cela, nous reparlerons.
Il est un autre défi, peut-être plus compliqué à relever encore : celui de la dépendance. Le nombre de personnes en perte d’autonomie devrait doubler d’ici à 2060 pour toucher quelque 2,6 millions d’individus. Ce sujet n’épargne aucune famille, ou presque, et je sais combien les Français de l’étranger y sont particulièrement sensibles. Eux qui ont souvent, à des milliers de kilomètres de leur expatriation, des proches, parents ou grands-parents, victimes de la solitude et des affres du grand âge. Pour aider ces derniers, ils doivent multiplier les allers-retours – souvent coûteux – et trouver à distance les moyens – plus onéreux encore – de rendre la vie de leurs aînés moins pénible.
Avec raison, le premier ministre a rappelé dans son discours que ce sujet était sur la table depuis des années, mais que bien peu avait été fait pour améliorer notre politique sur ce front. Président de la République, Nicolas Sarkozy avait suggéré en son temps qu’une cinquième branche de la Sécurité sociale soit ouverte. L’intention est restée lettre morte en raison de la crise financière de 2008. Les besoins se chiffrent effectivement en dizaines de milliards : l’estimation est de dix milliards actuellement – somme qui n’a pas été réunie – ; elle sera du quadruple en 2060.
Le gouvernement doit présenter un projet de loi à l’automne. Des mesures favorisant le maintien à domicile et des investissements dans les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) seront alors dévoilées. Leur application exigera du personnel compétent, qui reste à former, la construction de nouvelles structures, dont il conviendra de déterminer le statut, et le recours à des technologies de pointe, pour une assistance toujours plus proche et efficace des personnes dépendantes. La révolution de la longévité est en cours, au gouvernement de la prendre à bras le corps.
Mais il est une certitude : elle aura un coût pour tous les Français, qui ne sera pas anodin. A une époque où la pression fiscale est de moins en moins bien tolérée, la partie n’est pas gagnée pour éviter qu’une prise en charge à deux vitesses de la dépendance ajoute une nouvelle fracture à notre pays.
Jean-Pierre Bansard