Créé en 1974, le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) est chargé d’éclairer le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur les évolutions internationales et les enjeux émergents. Mais quelle influence ses travaux exercent-ils réellement sur les choix diplomatiques français ?
Dans un rapport publié en janvier 2026, la Cour des comptes avait pointé plusieurs faiblesses : un positionnement insuffisamment lisible au sein du ministère, une difficulté à mesurer l’utilisation effective de ses analyses et l’absence d’outils permettant d’évaluer précisément son efficacité. Évelyne Renaud-Garabedian avait donc interrogé le Gouvernement sur les mesures envisagées pour clarifier le rôle du CAPS, améliorer la diffusion de ses travaux et mieux mesurer sa contribution à l’action extérieure de la France.
Un positionnement renforcé auprès du ministre
Dans sa réponse, le ministère rappelle que le CAPS demeure directement placé auprès du ministre des Affaires étrangères. Il a trois grandes missions : produire des analyses sur des sujets émergents ou transversaux, proposer des orientations stratégiques au ministre et entretenir le dialogue avec le monde de la recherche, les think tanks et la société civile.
Plusieurs évolutions récentes doivent renforcer son intégration dans le processus de décision. Son directeur échange régulièrement avec le ministre et participe désormais aux réunions quotidiennes du cabinet, aux réunions de cabinet élargies ainsi qu’au comité de direction du ministère. La direction du CAPS participe également chaque matin à la réunion de coordination autour du secrétaire général, tandis que ses chargés de mission sont associés aux réunions des directions politiques dans leurs domaines de compétence.
Le Gouvernement estime ainsi avoir répondu à la recommandation de la Cour des comptes visant à mieux inscrire le CAPS dans les instances de pilotage du Quai d’Orsay.
Des travaux davantage ouverts vers l’extérieur
Une grande partie des productions du CAPS demeure naturellement confidentielle en raison de la sensibilité des sujets traités. Le ministère indique néanmoins vouloir mieux diffuser ses travaux lorsqu’ils peuvent être rendus publics.
Les Carnets du CAPS, interrompus pendant quatre ans, ont ainsi été relancés à l’automne 2025. Un numéro consacré aux « Mondes en 2040 » est annoncé pour début 2027. Le Book Club du CAPS, auparavant diffusé auprès d’un public restreint, est également accessible plus largement depuis septembre 2025, notamment sur la chaîne YouTube du ministère et via le podcast Sources diplomatiques.
Une influence qui reste difficile à mesurer
C’est sur l’évaluation que la réponse du Gouvernement est plus nuancée. Les indicateurs budgétaires du programme 105, auquel est rattaché le CAPS, concernent l’ensemble de l’action diplomatique et ne permettent donc pas d’en mesurer spécifiquement les résultats. Le ministère le justifie notamment par le poids financier limité du Centre : en 2025, ses crédits d’intervention représentaient 1,35 million d’euros en autorisations d’engagement et 1,70 million en crédits de paiement.
Le CAPS a donc développé ses propres indicateurs : nombre de notes diffusées, séminaires organisés, chercheurs avec lesquels il travaille ou encore personnalités accueillies dans le cadre du Programme d’invitation des personnalités d’avenir (PIPA). Ces données sont complétées par une appréciation qualitative de ses relations avec les autres services du ministère, les postes diplomatiques et le monde de la recherche.
Ces outils permettent de mieux mesurer l’activité du CAPS. Ils répondent toutefois plus difficilement à la question soulevée par la Cour des comptes : celle de son impact réel sur la décision publique. Compter les notes produites ou les séminaires organisés ne permet pas nécessairement de savoir dans quelle mesure une analyse a effectivement influencé une orientation diplomatique ou anticipé une crise.
À l’heure où les bouleversements géopolitiques imposent à la diplomatie française une capacité toujours plus importante d’anticipation, l’enjeu est pourtant essentiel : la prospective n’a véritablement de sens que si elle parvient à éclairer la décision.


