Installé en Australie, David Boydell consacre aujourd’hui une grande partie de son temps à accompagner les patients calédoniens évacués vers Sydney pour y recevoir des soins, aux côtés de son épouse Jessie Boydell. Bénévole au sein de l’association AVEC (Aide Volontaire Aux Évacués Calédoniens), il apporte une présence humaine à des personnes souvent isolées, loin de leur famille et confrontées à la maladie. Il raconte un engagement fait d’écoute, de petits gestes et de solidarité.
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle au sein de l’association AVEC ?
Je m’appelle David Boydell. Je suis Français d’origine britannique et j’ai vécu une quarantaine d’années en région parisienne. Après plusieurs années passées en Nouvelle-Calédonie, mon épouse et moi nous sommes installés en Australie pour nous rapprocher de nos enfants et de nos petits-enfants.
Je suis aujourd’hui un des quatre bénévoles au sein de l’association AVEC, l’Aide Volontaire Aux Évacués Calédoniens. Créée en 1981, cette association accompagne les patients calédoniens évacués à Sydney pour recevoir des soins médicaux spécialisés.
Comment êtes-vous arrivé dans cette association ?
Lorsque nous vivions en Nouvelle-Calédonie, nous ne connaissions pas vraiment l’association. C’est un ami qui nous a suggéré d’aller rendre visite aux Calédoniens hospitalisés à Sydney. J’ai alors pris contact avec la CAFAT, la Sécurité sociale calédonienne, qui m’a mis en relation avec AVEC. Tout est parti de là.
Concrètement, quel est votre rôle auprès des patients ?
Notre mission est très variée. Nous rendons visite aux patients hospitalisés mais aussi à ceux qui séjournent dans un hôtel en attendant leurs consultations ou leurs traitements.
Avant tout, nous sommes là pour les écouter. Beaucoup ne parlent pas anglais et vivent une véritable solitude. Ils apprécient simplement de pouvoir échanger en français avec quelqu’un.
Nous répondons aussi à des besoins très concrets : accompagner une personne dans ses démarches, acheter une valise lorsque les bagages ont été endommagés, trouver de la laine pour une patiente qui tricote, apporter des cahiers de coloriage, des crayons, des fruits, ou des objets de première nécessité à ceux qui ont été évasanés en urgence.
Chaque situation est différente et nous essayons simplement d’apporter une réponse adaptée.
Vous intervenez bien au-delà du simple accompagnement moral ?
Oui, parce que les besoins sont très variés. Une femme enceinte avait besoin qu’on l’accompagne pour trouver certains magasins. D’autres restent beaucoup plus longtemps que prévu et rencontrent des difficultés financières.
Il arrive aussi que nous servons d’intermédiaires entre les familles en Nouvelle-Calédonie et les malades à Sydney. Ce sont souvent de petites choses, mais elles changent vraiment leur quotidien.
Quelles rencontres vous ont le plus marqué ?
Les personnes atteintes de cancers ou de maladies lourdes restent parfois plusieurs mois à Sydney. On apprend à les connaître, des liens très forts se créent.
Malheureusement, certains patients ne guérissent pas. Il y en a plusieurs que nous avons accompagnés et qui ne sont plus parmi nous aujourd’hui. Ce sont des moments difficiles.
Comment gérez-vous cette charge émotionnelle ?
Ce qui me frappe le plus, c’est leur incroyable état d’esprit. Même les personnes qui savent que leur maladie est très grave gardent une attitude positive et vivent pleinement chaque journée.
Finalement, ce sont souvent elles qui nous donnent du courage.
Par ailleurs, étant pasteur à la retraite, il m’est arrivé, à la demande d’une famille, d’accompagner spirituellement une patiente en fin de vie. C’était une démarche personnelle, en dehors de l’association, qui reste totalement laïque. Ce moment de prière partagé avec sa famille restera gravé dans ma mémoire.
Gardez-vous contact avec les patients après leur retour ?
Nous sommes engagés dans l’association depuis un peu plus d’un an. Certains patients sont déjà devenus de véritables amis et je suis convaincu que nous resterons en contact. D’autres repartent en Nouvelle-Calédonie et nos chemins se séparent naturellement.
Comment voyez-vous l’avenir de l’association ?
Malheureusement, les besoins vont probablement continuer à augmenter. Avec la diminution du nombre de spécialistes en Nouvelle-Calédonie, davantage de patients sont orientés vers Sydney.
Notre priorité reste la même : être présents, écouter les malades et répondre à leurs besoins, quels qu’ils soient.
Selon vous, quelle est l’idée reçue la plus répandue sur ces patients ?
Avant de commencer, je pensais rencontrer des personnes découragées. En réalité, j’ai découvert des femmes et des hommes d’une force incroyable.
Ils parlent librement de leur maladie, gardent beaucoup d’espoir et nous transmettent souvent leur optimisme. C’est sans doute ce qui m’a le plus surpris.
Pourquoi est-il important de s’engager dans une association comme AVEC ?
Parce que notre présence change réellement le séjour des patients. Si nous n’étions pas là, leur quotidien serait beaucoup plus difficile. Nous ne faisons pas de médecine. Nous apportons simplement une présence humaine, une écoute, un sourire, parfois une solution à un petit problème qui devient énorme lorsqu’on est seul dans un pays étranger.
Je pense que c’est précisément ce qui rend le bénévolat indispensable.
Comment l’association est-elle financée ?
L’association bénéficie de quelques mécènes privés et, par le passé, de subventions publiques de la Nouvelle-Calédonie, même si ces financements sont aujourd’hui plus limités.
Une grande partie des ressources provient aussi de collectes organisées devant les supermarchés partout en Nouvelle-Calédonie. Ce qui me touche particulièrement, c’est que ces campagnes rassemblent des bénévoles de toutes les communautés de l’archipel. Européens, Mélanésiens, Polynésiens, Asiatiques… tout le monde se mobilise autour d’un même objectif : aider les patients.
C’est une très belle image de solidarité.



