À mesure que s’approche la fin du mandat d’António Guterres, une interrogation centrale s’impose : quelle direction donner à l’Organisation des Nations unies dans un monde marqué par le retour des rapports de force et l’érosion du multilatéralisme ?
Une ONU fragilisée par le retour des logiques de puissance
Pensée en 1945 comme un rempart contre les conflits interétatiques, l’institution apparaît aujourd’hui en décalage face à des crises protéiformes, mêlant rivalités stratégiques, défis climatiques et fragmentation de l’ordre international. Le prochain secrétaire général ne pourra se contenter d’un rôle d’arbitre discret. Il lui faudra incarner une capacité d’initiative et de médiation dans un environnement où les grandes puissances privilégient de plus en plus les logiques unilatérales. Pourtant, son action restera étroitement dépendante de la volonté des États membres, qui demeurent les véritables détenteurs du pouvoir au sein de l’organisation.
Les blocages institutionnels : Conseil de sécurité et droit de veto en question
Cette tension se cristallise particulièrement au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Le droit de veto, instrument central de l’équilibre issu de l’après-guerre, constitue désormais un facteur récurrent de blocage. Qu’il s’agisse des conflits au Moyen-Orient, en Europe de l’Est ou ailleurs, les divisions entre membres permanents paralysent l’action collective et alimentent les critiques sur l’impuissance de l’ONU. L’écart se creuse ainsi entre les attentes placées dans l’organisation et sa capacité réelle à agir.
Réformer sans dénaturer : les défis d’une gouvernance multilatérale renouvelée
Dans ce contexte, la question de la réforme revient avec insistance, sans jamais véritablement aboutir. L’élargissement du Conseil de sécurité apparaît comme une piste incontournable pour mieux refléter les équilibres contemporains, notamment en intégrant des puissances émergentes et en donnant une place accrue au continent africain. Parallèlement, l’encadrement du droit de veto, en particulier dans les situations de crimes de masse, est régulièrement évoqué comme un levier pour restaurer la crédibilité de l’institution.
Au-delà de ces ajustements institutionnels, c’est plus largement le fonctionnement global de l’ONU qui mérite d’être repensé. Le rôle de l’Assemblée générale pourrait être renforcé afin de dépasser sa dimension essentiellement déclarative, tandis que les opérations de maintien de la paix nécessitent une adaptation à des conflits de plus en plus asymétriques. La question du financement, enfin, demeure centrale : dépendante des contributions étatiques, l’organisation peine à gagner en autonomie et en capacité d’action.
Un leadership décisif pour relancer le projet multilatéral
Le choix du prochain secrétaire général revêt, dans ce contexte, une portée hautement symbolique. La désignation d’une personnalité issue du “Sud global” ou, pour la première fois, d’une femme, constituerait un signal fort en faveur d’un rééquilibrage de la gouvernance internationale. Mais au-delà du profil, c’est bien la capacité à naviguer dans un système contraint, à construire des compromis et à redonner du sens au projet multilatéral qui sera déterminante.
L’ONU demeure un cadre irremplaçable de dialogue universel. Elle conserve une légitimité unique pour traiter des enjeux globaux, du climat à la santé en passant par la sécurité collective. Encore faut-il qu’elle parvienne à se réformer sans se renier. À défaut, le risque est grand de voir les États continuer à la contourner, accélérant ainsi la fragmentation d’un ordre international déjà fragilisé. Le prochain cycle qui s’ouvre sera, à cet égard, décisif.


