Cofondatrice de Mega Social Foundation, Morgane Laudet œuvre depuis plusieurs années à la réduction des inégalités sociales en s’attaquant à leurs causes structurelles. Anciennement issue du monde bancaire, elle a choisi de mettre ses compétences financières, stratégiques et entrepreneuriales au service de projets à fort impact social, avec un engagement central en faveur de l’enfance et de la jeunesse.
En quelques mots, en quoi consiste Mega Social Foundation ? Comment êtes-vous venue à cette idée ?
Mega Social Foundation existe depuis six ans. C’est une structure d’accompagnement — que l’on qualifie souvent d’incubateur social — qui soutient principalement en compétences des projets sélectionnés pour leur capacité à s’attaquer aux causes des inégalités sociales. Notre critère central est l’impact sur l’enfance et la jeunesse.
Nous accompagnons les porteurs de projets sur la durée, afin de les aider à structurer leur modèle, à gagner en autonomie et à maximiser leur impact social.
L’idée est née de mon parcours professionnel. L’intuition fondatrice est qu’il est indispensable de créer des passerelles entre le monde de l’entreprise et celui de l’intérêt général.
J’ai passé une grande partie de ma carrière dans la banque, où je travaillais sur des financements structurels et des financements d’entreprise. J’y ai développé mes premiers projets d’entrepreneuriat, déjà autour de ces enjeux de coopération entre entreprises et associations — deux mondes qui se connaissent mal et se regardent souvent à travers des prismes caricaturaux.
Pouvez-vous citer un projet qui vous a particulièrement marquée ?
La Solidri, est un très bon exemple. Le projet est né pendant le Covid autour de la distribution alimentaire, puis s’est structuré avec un café culturel ouvert à tous et une épicerie solidaire. Nous avons accompagné les fondatrices depuis l’idéation jusqu’à la structuration financière, la gestion budgétaire et la levée de fonds.
Elles disent aujourd’hui être devenues autonomes sur ces sujets — au point d’aider d’autres structures à leur tour. C’est exactement le type d’impact que nous recherchons.
D’où vient votre engagement personnel en faveur de l’enfance ?
Il est ancien. J’ai toujours eu de nombreux engagements bénévoles liés à l’enfance et à la jeunesse. J’ai été bénévole pour la Fondation Théodora, j’ai participé à des projets culturels pour des enfants hospitalisés ou en situation de handicap, et j’ai fait du mentorat auprès de jeunes.
À un moment, j’ai ressenti le besoin d’être pleinement alignée entre mes valeurs, mes compétences et mon activité professionnelle. Le fait de devenir mère a renforcé cette envie de contribuer concrètement, de « faire ma part ».
Pourquoi avoir choisi d’agir sur les causes des inégalités plutôt que sur leurs conséquences ?
Parce que les inégalités sociales sont profondément structurelles. Elles se jouent très tôt, à travers l’accès à l’éducation, à la culture, aux loisirs, à la confiance en soi. Nous avons donc fait le choix de soutenir des projets qui agissent en amont, sur le déterminisme social.
Notre rôle est d’ouvrir le champ des possibles, de redistribuer des « cartes » à ceux qui en ont reçu très peu au départ.
Avez-vous observé une évolution récente des inégalités sociales ?
Les inégalités se creusent et il devient de plus en plus difficile de s’en extraire. Une chose qui peut toutefois aider, c’est l’entrepreneuriat — pas nécessairement pour créer une entreprise rentable, mais pour redevenir acteur de sa vie.
Nous avons accompagné des projets qui utilisent l’entrepreneuriat comme levier d’insertion pour des jeunes très fragilisés. Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est parfois une réponse parmi d’autres.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les jeunes à leur sortie de l’ASE ?
Je ne suis pas spécialiste de l’Aide sociale à l’enfance, mais ce que l’on observe est extrêmement préoccupant. De nombreux parcours sont marqués par des violences, des ruptures, parfois des abus sexuels — y compris entre mineurs, un sujet encore largement peu investi dans le débat public.
Les foyers ne sont pas toujours des lieux sécurisants ou bienveillants, et lorsqu’un jeune atteint 18 ans, il se retrouve souvent brutalement sans accompagnement.
Le problème majeur est l’absence d’apprentissage de l’autonomie. Beaucoup de ces jeunes n’ont jamais appris à gérer un budget, payer une facture, ouvrir un compte bancaire ou comprendre ce qu’est une mutuelle.
Ces compétences sont généralement transmises de manière informelle, par l’observation de l’entourage familial. Or ces jeunes n’ont pas eu cet entourage.
Si vous pouviez changer une politique publique en priorité, laquelle serait-ce ?
La protection de l’enfance.
Il faut investir massivement dans la protection de l’enfance et lutter structurellement contre les violences sexistes et sexuelles. Certains pays, comme l’Espagne, ont montré que des résultats sont possibles lorsque des moyens conséquents sont mobilisés.
Écouter la parole des victimes est indispensable, mais cela ne suffit pas. Il faut agir.



