La défense de l’enseignement français à l’étranger est un enjeu fondamental pour nos compatriotes établis hors de France et pour leurs représentants. Les lycées français remplissent une mission essentielle de service public d’éducation au bénéfice des enfants français vivant à l’étranger. Mais leur rôle est plus large encore : depuis des décennies, ils participent à la formation d’élèves étrangers profondément attachés à la culture française, faisant de ce réseau un outil majeur de notre diplomatie culturelle et d’influence – une politique ambitieuse qui a nécessairement un coût.
Ce modèle repose aujourd’hui largement sur les familles étrangères, qui représentent la majorité des effectifs et financent une part croissante du réseau de l’enseignement français à l’étranger.
C’est pourquoi la réforme « en profondeur » de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), annoncée par le Gouvernement, doit être abordée avec le plus grand sérieux. À l’ASFE, nous regrettons qu’elle intervienne dans une période électorale, moment peu propice à un débat apaisé et trop souvent marqué par des postures politiques stériles. Nous espérons donc que l’ensemble des représentants des Français de l’étranger sauront se hisser à la hauteur d’un enjeu qui dépasse largement les clivages partisans.
Les faits sont clairs. L’AEFE se trouve aujourd’hui dans une situation financière critique. Le transfert, en 2008, de la charge des pensions civiles des enseignants détachés – auparavant supportée par le ministère de l’Éducation nationale – a profondément fragilisé son modèle économique. Cette charge représente désormais près de la moitié du budget de l’Agence et ne cesse d’augmenter afin d’équilibrer le compte d’affectation spéciale « pensions » de l’État.
Si ce transfert avait initialement été compensé par la subvention pour charge de service public, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au contraire, ces deux dernières années, l’AEFE a perdu près de 60 millions d’euros de ressources publiques. Cet effet ciseau a conduit le conseil d’administration, en décembre dernier, à prendre des décisions lourdes de conséquences, se traduisant par de nouvelles hausses des frais de scolarité. Cette solution, la plus simple à très court terme, entraîne un effet d’éviction préoccupant, touchant en priorité les familles françaises de classe moyenne, de plus en plus nombreuses à ne plus pouvoir assumer le coût de la scolarité. Dans un contexte budgétaire national contraint, la recherche d’économies semble s’être imposée comme unique horizon.
Que l’AEFE ne puisse durablement continuer dans ces conditions est désormais une évidence. Les quelques millions d’euros obtenus en dernière minute pour le budget – 7, que nous saluons, contrairement à la suppression de l’amendement sénatorial préservant le niveau des bourses scolaires – ne constituent qu’une rustine face à un problème structurel bien plus profond.
Un groupe de travail piloté par le Quai d’Orsay, ainsi qu’une mission parlementaire confiée à une sénatrice des Français de l’étranger – Samantha Cazebonne –, sont désormais chargés de penser la future réforme. Cette démarche peut être utile, et même une opportunité, à condition que la méthode soit claire, coordonnée et lisible. Les sénateurs ASFE ont ainsi demandé que la coordination des travaux et la méthodologie retenue soient précisément clarifiées, afin d’éviter toute dispersion. À défaut, nous craignons que cette réforme n’aboutisse à un démantèlement progressif de l’AEFE, ou à un opérateur vidé d’une part essentielle de ses missions, au profit de modèles d’enseignement français à l’étranger moins coûteux, mais potentiellement moins exigeants en termes de qualité pédagogique et de cohérence du réseau.
Les inquiétudes exprimées par les enseignants, les personnels et les familles sont légitimes. De fait, aucune réforme ne pourra réussir sans une transparence totale et une concertation réelle avec les organisations syndicales et les associations de parents d’élèves. À l’ASFE, nous estimons également que le moment est venu de revoir en profondeur le système des bourses scolaires, ses seuils d’exclusion et ses méthodes de calcul, afin de mieux répondre à la réalité sociale des familles françaises à l’étranger.
Réformer l’AEFE est nécessaire. Mais cette réforme doit s’inscrire dans une vision de long terme ; à défaut, les conséquences pourraient être lourdes, tant pour les familles françaises que pour la présence française dans le monde. L’enjeu est clair : préserver et renforcer un réseau qui fait honneur à la France, sert nos compatriotes et constitue un atout majeur pour notre influence internationale. Et n’oublions pas que l’éducation est, en toutes circonstances, un investissement dans l’avenir.


