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Cultiver le café autrement : l’engagement de Pierre Faugère au cœur de la forêt brésilienne

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Nous nous sommes entretenus avec Pierre Faugère, Producteur de café organique, « La Vallée des Graminées », près de Rosario da Limeira. Fort d’un parcours professionnel marqué par des expériences internationales, il s’est progressivement orienté vers des projets liant agriculture responsable, et préservation de la forêt tropicale au Brésil. À travers cet échange, il partage sa vision d’un engagement entrepreneurial au service de la nature. Son travail s’inscrit dans une démarche durable, visant à concilier production de café de qualité exceptionnelle, respect de notre environnement et développement humain au cœur des territoires de culture.

Qu°1 : La caféiculture au Brésil représente près du tiers de la production mondiale de café, qu’est-ce qui selon vous fait sa singularité ?

La singularité du café brésilien tient à la richesse de ses terroirs, ses micro-climats, à son savoir-faire diversifié : un mélange entre les techniques ancestrales d’un côté et la pointe de la technologie de l’autre. Sont cultivées principalement les variétés Bourbon, Mundo Novo, Catuai, Catucai qui, pour la plupart, ont des profils aromatiques doux et équilibrés, avec des notes chocolatées et fruitées qui séduisent une large palette de consommateurs. Traditionnellement, les producteurs cueillent et sèchent leur café sans grand soin et sans distinction entre la maturité des grains. Le volume de café issu du Minas Gerais sur le marché mondial est donc important mais de mauvaise réputation. C’est depuis quelques années seulement que beaucoup de producteurs se tournent vers la production de cafés d’exception.

Qu°2 : Comment cultivez-vous votre café ? Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à travers votre produit ?

Notre culture est organique, sans recours aux pesticides ou engrais chimiques de synthèse. Nous utilisons des composts naturels et des techniques de lutte biologique pour protéger les plants, ce qui garantit un café sain et respectueux de son environnement. La récolte est faite à la main, cerise par cerise, qui sont ensuite triées de nouveau pour sélectionner uniquement les grains sans défaut et garantir une qualité optimale. Ce travail minutieux valorise le savoir-faire local et crée un lien direct entre le producteur et le produit final.

Sur le même espace nous allions les productions :

  • D’un produit à haute valeur ajoutée qu’est le café d’exception.
  • D’aliments tels que des bananes, avocats, citrouilles, pommes de terre, quiabo, flageolets, etc. organiques que nous vendons au marché.
  • D’arbres natifs en voie d’extinction qui nourrissent de leurs fruits la faune locale et dont les graines servent aux efforts de reforestation de l’ONG Iracambi, dans laquelle nous travaillons. Notre plantation possède autant d’arbres que de caféiers.
  • De plantes aromatiques et médicinales afin d’en extraire des hydrolats et huiles essentielles que nous utilisons afin de créer des produits cosmétiques (savons, crèmes hydratantes, déodorants, masques capillaires, shampooing, etc.) et des parfums naturels, respectueux de la peau de leurs utilisateurs : les produits « Silvis »

Cette diversité biologique se retrouve dans la complexité de la saveur de notre café.

Qu°3 : Selon le CIRAD, 50 % des surfaces cultivées de café pourraient devenir inexploitables en seulement quelques décennies, à cause du changement climatique, comment luttez-vous à votre échelle pour l’entretien de ces surfaces ?

Nous pratiquons une agriculture dite « syntropique » (agroforestière) et organique: le café pousse à l’ombre d’arbres natifs du biome de la « Forêt Tropicale Atlantique », au sein d’un écosystème vivant où l’on favorise la biodiversité. Cette méthode augmente la résilience de nos plantations, elle protège les sols, conserve l’humidité et préserve la faune locale, tout en améliorant la qualité des cerises de café. Elle est notre meilleur rempart contre les aléas du climat. Nous ne cultivons pas seulement une plantation, nous reforestons une vallée, un couloir écologique qui connecte le parc national « Serra do Brigadeiro » avec la chaîne de montagne « Serra das Aranhas ».

Qu°4 : Une grande partie des producteurs du café sont des petites exploitations familiales : comment, selon vous, est-il possible de soutenir les locaux durablement?

Le marché du café est sans pitié vis-à-vis des petits producteurs qui doivent sans cesse déforester pour agrandir leurs exploitations dans l’espoir de pouvoir produire toujours plus, pour continuer à survivre. La qualité du café résultant tend donc à baisser. Nous pensons que la solution est ailleurs, dans la valorisation de la production d’un café de haute qualité. Il est avantageux de produire de plus petites quantités d’un café meilleur et de se regrouper pour le vendre.

Qu°5 : Le marché global et tout particulièrement les réseaux sociaux mettent en avant chaque année de nouvelles boissons à base de café qui deviennent en vogue, quel impact pensez-vous que cette demande toujours plus importante a auprès des producteurs ?

La réalité des producteurs traditionnels de café brésilien est très éloignée du mouvement des réseaux sociaux. Cependant nous avons pu noter cette année une forte augmentation de la demande et donc une augmentation à court terme de la rémunération des locaux qui se sont empressés de déboiser des parcelles de forêt tropicales afin de planter hâtivement plus de caféiers. En conséquence, il est possible que dans quelques années, la production de café va grandement augmenter ce qui risque de provoquer une chute de sa valeur, incitant les producteurs à arracher de nouveau leurs pieds de café pour les remplacer par du bétail. Les producteurs sont, aujourd’hui, plein d’espoir, mais le futur est difficile à prévoir.

Qu°6 : Comment s’est déroulée la création de Café de la Vallée des Graminées? Comment est né ce projet et pourquoi à Rosario da Limeira?

Il y a quatre ans, je suis venu à l’ONG Iracambi me porter volontaire afin de participer à l’effort de reforestation de la forêt tropicale Atlantique. La Vallée des graminées est un endroit stratégique pour la préservation de la biodiversité puisqu’elle est située dans le prolongement du Parc National de la Serra do Brigadeiro (PESB). Ce parc possède un tiers (330) de l’ensemble des singes araignée à fourrures (seulement 1000 ont survécu). C’est la plus importante population du plus grand primate d’Amérique Latine, endémique de cette région. Ce singe dit hippie ne se montre jamais agressif, il est en voie d’extinction. Ici, nous reforestons pour agrandir directement le territoire de ces populations de singes, de pumas et autres grands mammifères. Nous voulions pouvoir reforester notre terrain, et vivre de cette forêt. Ainsi nous avons pensé planter la moitié en forêt tropicale, et l’autre moitié en forêt agricole afin de générer une rente.

 

Pierre Faugère

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