ASFE · Alliance Solidaire des Français de l'Étranger

Quel risque êtes-vous prêt à prendre ? Le vrai point de départ de la diversification

Quelle baisse de votre capital êtes-vous capable de supporter sans changer d’avis ? La question paraît brutale, mais c’est elle qui détermine une allocation, bien avant le choix des supports. Diversifier, c’est répartir son patrimoine entre plusieurs types d’actifs pour ne pas dépendre d’un seul marché ; encore faut-il doser cette répartition selon son profil de risque — d’autant plus lorsque l’on vit à l’étranger, entre pays de résidence, devise des revenus et éventuel retour en France.

Pourquoi diversifier son patrimoine ?

L’objectif est d’abord de répartir les risques : en combinant différentes classes d’actifs, on limite l’impact de la baisse d’un marché sur l’ensemble du patrimoine. C’est aussi un moyen d’adapter ses placements à ses horizons : l’argent d’un projet à deux ans ne s’investit pas comme l’épargne retraite.

Déterminer son profil de risque : le point de départ

Le profil de risque mesure jusqu’où vous acceptez de voir la valeur de votre capital fluctuer. Il combine trois éléments :

On distingue trois grandes familles de profils : prudent, où la préservation du capital prime ; équilibré, qui accepte une volatilité modérée pour battre l’inflation ; dynamique, qui vise une performance élevée à long terme en assumant de fortes variations. Adapter son allocation ne consiste pas à choisir « des produits risqués » ou « des produits sûrs », mais à doser la proportion de chacun.

Point souvent négligé : ce profil évolue. Un retour en France, l’achat d’une résidence principale, l’arrivée d’un enfant ou un changement de devise de référence modifient votre capacité de risque comme votre horizon. Une allocation se révise, idéalement une fois par an.

Prendre du risque suppose d’avoir du temps devant soi

Risque et temps sont indissociables. Sur un horizon court, une baisse de marché se subit : si vous avez besoin des fonds dans deux ans, vous ne choisissez pas le moment de la vente. Sur un horizon long, le temps devient un amortisseur : il permet de traverser les cycles et de lisser les points d’entrée.

Aucun placement n’est à la fois très rentable, sans risque et disponible du jour au lendemain. Chaque support se situe dans cet arbitrage entre rendement, risque, durée et liquidité : mieux vaut n’investir que si l’on peut y laisser les sommes immobilisées pendant toute la durée recommandée.

Les grandes briques d’une allocation diversifiée

L’épargne de sécurité, disponible immédiatement, représente 3 mois à 1 an de dépenses, placés sur des livrets ou comptes d’épargne. Elle n’a pas vocation à rapporter, mais à éviter de vendre un placement long au mauvais moment. Précision pour les expatriés : les livrets réglementés français ne peuvent plus être ouverts après le départ de France.Cette poche se constitue donc dans le pays de résidence, si possible dans la devise de vos dépenses courantes.

Les placements financiers s’envisagent sur 5 à 8 ans au minimum. L’assurance-vie reste l’enveloppe centrale : fonds en euros garanti ou unités de compte actions, obligations et immobilier, avec une fiscalité allégée après huit ans ; sa version luxembourgeoise est portable d’un pays à l’autre et multidevise. Produits structurés et Private Equity visent plus de rendement, contre un risque élevé et une immobilisation longue : à réserver au complément d’une allocation équilibrée.

L’immobilier s’inscrit sur 10 à 20 ans. Financé à crédit, il offre l’effet de levier, mais suppose un capital important et impose gestion, fiscalité et faible liquidité. Les SCPI donnent accès à un patrimoine immobilier mutualisé sur 8 à 15 ans, avec une revente partielle possible ; les club deals ciblent un projet précis sur 2 à 4 ans.

L’enjeu n’est pas de multiplier les produits : deux supports d’apparence différente peuvent investir dans les mêmes secteurs et porter les mêmes risques. Il est de construire, avec un conseiller, une allocation complémentaire et cohérente avec votre profil de risque.

pastedGraphic.png

Liquidité et crédit : deux paramètres décisifs

La liquidité est le paramètre le plus souvent négligé : un livret est disponible immédiatement, une assurance-vie en quelques jours, une SCPI en quelques mois, un club deal seulement à l’échéance. Pour un expatrié, un retour anticipé peut créer un besoin de trésorerie rapide : une bonne allocation comporte plusieurs poches de liquidité échelonnées.

Le crédit, lui, est un levier patrimonial : tant que son coût reste inférieur au rendement de l’actif financé, il joue en votre faveur. Mais il est plus difficile d’accès pour un non-résident et il réduit votre capacité de risque, en imposant davantage d’épargne de sécurité et moins d’actifs volatils.

Un exemple d’allocation : le cas de Pauline

Pauline a 38 ans, vit à Dubaï et dispose de 200 000 € de capital, avec une capacité d’épargne de 2 500 € par mois. Ses revenus sont stables et son horizon de placement est de 25 ans, mais elle ignore encore si elle rentrera en France : son profil se révèle équilibré à dynamique. Son allocation se répartit ainsi : 25 000 € d’épargne de sécurité ; 25 000 € maintenus en épargne disponible pour couvrir l’apport de 20 % et les frais d’acquisition du studio ; 125 000 €sur un contrat d’assurance-vie luxembourgeois multidevise (elle investit en action, obligation, immobilier, produit structuré) ; et 25 000 € en SCPI européennes détenues en pleine propriété, dont les loyers sont réinvestis en nouvelles parts afin de faire jouer la capitalisation jusqu’à la retraite. En parallèle, elle acquiert un studio meublé de 100 000 € en France, financé à crédit sur 20 ans et remboursé principalement par les loyers.

Cette allocation n’a rien d’universel : le même capital, entre les mains d’une personne à cinq ans de la retraite, donnerait une répartition entièrement différente.

Conclusion

Il n’existe pas de modèle universel : la répartition du patrimoine dépend des projets, des objectifs et, surtout, du profil de risque de chacun. Mal réalisée, une diversification peut même devenir une source de difficultés financières.

C’est tout le sens de l’accompagnement d’un conseiller en gestion de patrimoine : identifier votre profil de risque, comprendre les interactions entre vos investissements et construire une allocation adaptée à vos projets et à votre situation transnationale.

Wassila Ben Berkane
Ingénieure Patrimoniale Associée — VIA Gestion de Patrimoine
Spécialiste Expatriés & Non-Résidents

 

Quitter la version mobile