Le calcul des bourses scolaires et de nombreuses aides sociales accordées aux Français établis hors de France repose sur un indicateur peu connu mais essentiel : l’indice de parité de pouvoir d’achat (IPPA). Cet indice vise à mesurer le coût de la vie dans chaque pays de résidence par rapport à la France. Il est utilisé pour adapter les critères d’attribution des aides aux réalités locales et joue donc un rôle déterminant dans le montant des aides versées aux familles françaises à l’étranger.
Un manque de transparence régulièrement dénoncé
Depuis plusieurs années, de nombreux élus des Français de l’étranger s’interrogent sur la pertinence de cet indice et sur son manque de transparence. Les données utilisées pour son calcul étaient jusqu’à présent fournies par le cabinet Mercer dans le cadre d’un marché conclu avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.Or, les informations détaillées servant à établir l’indice – composition du panier de biens et services, loyers de référence ou pondérations appliquées – n’étaient pas communicables, le ministère n’en étant pas propriétaire.
Dans une question écrite adressée au Gouvernement, la sénatrice des Français établis hors de France, Sophie Briante Guillemont, a souhaité connaître les évolutions envisagées afin de rendre ce dispositif plus compréhensible pour les familles, les élus consulaires et les parlementaires.
Une réforme engagée à la demande des élus
Dans sa réponse publiée le 4 juin 2026, le ministère confirme qu’un important travail de révision de l’IPPA a été engagé à la demande de plusieurs élus des Français de l’étranger. Cet engagement remonte au printemps de l’évaluation 2024, lorsque le ministre délégué chargé des Français de l’étranger, Franck Riester, avait annoncé sa volonté de revoir les modalités de calcul de l’indice afin qu’il corresponde davantage à la réalité des conditions de vie des familles bénéficiaires de bourses scolaires.L’objectif affiché est simple : mieux refléter les dépenses réellement supportées par les Français établis à l’étranger.
Un panier de consommation revu en profondeur
Concrètement, le panier de référence servant à mesurer le coût de la vie a été profondément remanié.Le nombre d’articles pris en compte a été réduit de 200 à 110. Cette simplification s’accompagne d’une priorité accordée aux dépenses les plus représentatives du budget des familles, notamment l’alimentation et les transports.Les pondérations entre les différentes catégories de dépenses ont également été revues afin de mieux correspondre aux habitudes de consommation des ménages concernés.Le calcul de l’indice continue toutefois de reposer sur deux composantes principales : le coût de la vie, qui représente 70 % de l’indice, et le coût du logement, qui en représente 30 %.
Une nouvelle référence pour le logement
La composante logement a elle aussi été réexaminée.Le nouveau calcul repose désormais sur la première catégorie de prix disponible dans les données Mercer, correspondant à un appartement non meublé de type T3. Pour la France, la référence retenue est un loyer mensuel de 2 050 euros à Paris.L’objectif est de disposer d’un indicateur davantage adapté à la réalité des familles concernées que les références utilisées jusqu’à présent.
Vers davantage de transparence
L’une des principales avancées de cette réforme réside dans la propriété des données.Le ministère indique que les nouveaux indices sont désormais la propriété de la Direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE). Contrairement au système précédent, l’administration pourra donc communiquer plus librement sur les éléments constitutifs de l’indice.La composition du panier de consommation, les catégories de logement retenues ainsi que les principaux paramètres de calcul pourront ainsi être davantage expliqués aux élus et aux familles.
Des conséquences concrètes pour les aides sociales
Au-delà des bourses scolaires, ces nouveaux indices ont vocation à être utilisés dans la réforme en cours du calcul des aides sociales directes accordées aux Français de l’étranger.Ils serviront notamment à ajuster un nouveau plafond de ressources fondé sur le revenu de solidarité active (RSA) versé en France, adapté au coût de la vie dans chaque pays grâce à l‘IPPA.L’enjeu est important : mieux prendre en compte les différences de niveau de vie entre les pays afin que les aides sociales et les bourses scolaires correspondent davantage aux besoins réels des bénéficiaires.
Une évolution attendue
Cette réforme répond à une demande ancienne des élus des Français de l’étranger : disposer d’un outil à la fois plus lisible, plus transparent et plus fidèle aux réalités économiques locales.Si les nouveaux indices ont déjà été présentés à la Commission nationale des bourses, à l’Assemblée des Français de l’étranger ainsi qu’à la Commission permanente pour la protection sociale des Français de l’étranger, leur déploiement effectif constituera la prochaine étape.Il conviendra désormais de vérifier que cette nouvelle méthode de calcul permet bien d’améliorer l’équité des dispositifs de solidarité destinés aux Français établis hors de France et qu’elle répond aux attentes de transparence exprimées de longue date par les familles et leurs représentants.

