L’ASFE a eu l’opportunité de s’entretenir avec Alexandre Barrière-Izard, Conseiller des Français de l’étranger, rapporteur des Assises de la protection sociale et membre de la Commission permanente pour la protection sociale. À l’occasion de la présentation du rapport des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger à Éléonore Caroit, Ministre déléguée en charge des Français établis hors de France, il revient sur les principaux enseignements du rapport et répond à nos questions sur les enjeux et perspectives de la protection sociale pour les Français vivant à l’étranger.
Le rapport des Assises de la Protection sociale met en avant une forte attente de simplification et de lisibilité des aides sociales. Quels leviers concrets permettraient de réduire le non-recours aux aides chez les Français de l’étranger ?
Le premier levier est clairement l’information. Les échanges menés dans le cadre des Assises ont montré que de nombreux Français de l’étranger ne connaissent tout simplement pas leurs droits ou ignorent l’existence même de certaines aides. C’est un point fondamental.
Ensuite, il faut agir sur deux volets complémentaires.
D’une part, la dématérialisation des démarches, qui a été fortement accélérée sous l’impulsion de l’administration, notamment grâce au travail conduit par Pauline Carmona. Cette modernisation est indispensable et doit être saluée. D’autre part, il ne faut surtout pas oublier les publics les plus fragiles, pour lesquels la dématérialisation peut aussi constituer un obstacle. C’est là que le rôle des Organismes Locaux d’Entraide et de Solidarité (OLES) est essentiel. À titre personnel, en tant que président de l’Entraide du Cap, j’accompagne régulièrement des personnes dans le remplissage de leurs dossiers, parfois en lien direct avec le consulat de France, afin de sécuriser et simplifier les démarches. Cet accompagnement humain reste absolument indispensable.
Le rôle des Organismes Locaux d’Entraide et de Solidarité (OLES) est décrit comme central mais encore insuffisamment reconnu. Quelles évolutions prioritaires recommandez-vous pour garantir leur pérennité financière et renforcer leur articulation avec les consulats et les élus locaux ?
C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Il faut d’abord reconnaître que la relation entre les OLES et l’administration a beaucoup évolué positivement ces dernières années. Les consulats sont aujourd’hui beaucoup plus à l’écoute et reconnaissent davantage le rôle de ces structures de terrain.
La principale fragilité reste cependant la fragilité financière des OLES. Le système de subvention annuelle est indispensable, mais il montre ses limites. Il faudrait sécuriser davantage ces financements dans la durée.
Au-delà de l’aspect financier, il y a aussi un enjeu de visibilité et de reconnaissance institutionnelle. Je suis secrétaire général de la FIBRE, une association qui vise à fédérer les OLES et à leur donner une représentation nationale. Le fait que la FIBRE, portée notamment par la députée Amélia Lakrafi, puisse accéder au statut d’utilité publique serait un levier majeur. Cela permettrait notamment aux OLES affiliés d’être présents de plein droit en conseil consulaire.
Une meilleure reconnaissance ouvrirait également l’accès à d’autres sources de financement : partenariats avec les entreprises françaises à l’étranger, mécénat, appels à dons facilités. À l’image des accueils français, les OLES jouent un rôle stratégique essentiel pour la cohésion de nos communautés à l’étranger.
Certaines propositions structurantes, notamment sur la réforme du taux de base ou sur les OLES, n’ont pas été retenues par le panel citoyen. Comment interprétez-vous ces arbitrages ?
Je n’ai pas été surpris par ces choix. Il s’agit de sujets très techniques, peu connus du grand public. Le taux de base, par exemple, est principalement discuté dans des instances très spécialisées, comme la Commission nationale permanente pour la protection sociale, au sein de laquelle je siège.
Ces mécanismes sont souvent perçus comme opaques, y compris par les élus eux-mêmes. Ce qui nous paraît évident lorsque nous avons « la tête dans le guidon » ne l’est pas nécessairement pour un panel citoyen tiré au sort, qui représente des Français de l’étranger n’ayant pas toujours conscience de l’importance ou du rôle précis des OLES ou des mécanismes de calcul des aides.
Ces arbitrages disent surtout une chose : il reste un énorme travail de pédagogie à mener.
Le rapport insiste sur la nécessité d’une meilleure équité tout en tenant compte des contextes locaux très différents. Comment concilier un cadre national harmonisé avec la diversité des situations ?
C’est sans doute l’une des questions les plus complexes. Il n’existe pas de solution magique. À mon sens, la bonne approche consiste à raisonner par zones géographiques ou par zones consulaires, plutôt que de chercher une uniformité absolue.
Dans ma circonscription, par exemple, plusieurs conseils consulaires coexistent, chacun confronté à des réalités économiques et sociales différentes. Il est donc indispensable de conserver une approche territorialisée, notamment pour le taux de base.
En revanche, ce qui doit être renforcé, c’est la remontée d’informations depuis le terrain vers l’administration centrale, afin que les décideurs disposent d’une vision globale, précise et actualisée des réalités locales.
Les propositions issues des Assises sont présentées comme un point de départ. Quelles mesures vous semblent les plus urgentes à court terme ?
Effectivement, ces Assises constituent une base de travail destinée à être reprise par le Parlement et par la ministre déléguée.
À court terme, l’urgence principale est de lever le flou qui entoure aujourd’hui la Caisse des Français de l’étranger (CFE). La CFE est un pilier essentiel de la solidarité à l’étranger, mais beaucoup de Français ne savent pas clairement où elle va ni quelles évolutions sont à venir. Nous avons besoin de réponses rapides et lisibles. Une autre mesure très concrète serait la mise en place d’un simulateur unique des aides sociales, permettant aux Français de l’étranger d’identifier rapidement les dispositifs auxquels ils peuvent prétendre. Les outils existent, il faut maintenant les mettre au service des usagers pour faciliter leur parcours et renforcer l’accès effectif aux droits.
Le 27 février 2026 s’est tenue la Commission permanente pour la protection sociale, dont vous êtes membre. Pouvez-nous nous rappeler le rôle de cette commission ? Qu’avez-vous décidé ?
La Commission permanente pour la protection sociale est une instance essentielle mais encore trop méconnue. Elle veille à l’équité et à l’adaptation des aides sociales destinées aux Français établis hors de France, en lien étroit avec l’administration et les élus.
Le 27 février 2026, nous avons notamment revu le calcul des taux de base, qui servent de référence pour déterminer le montant des aides. Cette révision était indispensable face à l’inflation très forte dans certains pays comme l’Argentine ou la Turquie, où la dévaluation monétaire et la hausse du coût de la vie fragilisent directement nos compatriotes.
Cette réunion a aussi été l’occasion de dresser un bilan de l’action sociale menée à l’étranger. Il est important de le rappeler : la France est le seul pays au monde à disposer d’un dispositif aussi structuré d’aide sociale pour ses ressortissants établis hors de son territoire. Rien n’est parfait, mais ce modèle demeure un marqueur fort de notre solidarité nationale.
Alexandre Barrière-Izard,
Conseiller des Français de l’étranger,

