Nous sommes le 5 février 2026 et la France a enfin un budget. Plus de 65 lois de finances ont été votées sous la Ve République et ce n’est que la 4e fois – dont la 2e fois consécutive – qu’un budget est voté alors que l’année civile a déjà commencé (après 1963, 1980 et 2025 !). Des mois de débat pour un budget de « compromis ».
Il est peu dire que l’examen de ce budget n’a pas été une promenade de santé. Il a fallu compter quatre mois au total et 350 heures de débat pour son adoption, avec pas moins de six motions de censure.
Si la majorité des partis politiques ont dénoncé un budget « patchwork », qui ne convainc personne, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui préféré saluer un texte de « compromis ».
Au-delà du symbole, l’adoption tardive du budget acte surtout la fin d’une (très) longue séquence, qui s’est conclue par le rejet des dernières motions de censure et, une nouvelle fois, par le recours au 49.3 par le gouvernement de Sébastien Lecornu.
Un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 grâce à de nouvelles recettes et une baisse des dépenses
Sur le fond, l’exécutif peut sans doute se réjouir de l’adoption de ce budget, alors que l’espérance de vie à la naissance de ce gouvernement était donnée à quelques semaines, voire quelques jours seulement…
Lecornu peut également revendiquer une trajectoire de redressement avec un déficit public ramené à 5 % du PIB en 2026 (contre 5,4 % attendu en 2025), au prix d’un compromis moins ambitieux qu’espéré initialement.
Le volet « recettes » combine des mesures qui satisferont une partie de la gauche : prolongation d’une surtaxe sur les grandes entreprises, reconduction d’une contribution sur les plus hauts revenus, création d’une taxation visant certains patrimoines logés dans des holdings, et instauration d’un prélèvement sur les petits colis importés.
Côté dépenses, le texte assume des économies revues à la baisse par rapport aux intentions de départ, tout en préservant certaines priorités régaliennes : la défense fait partie des gagnants affichés, avec une hausse de 6,5 milliards d’euros.
Les Français de l’étranger et l’AEFE, perdants du budget 2026
Pour la mission « Action extérieure de l’État », le budget présenté demeure globalement stable, autour de 3,45 Md€ en autorisations d’engagement et 3,46 Md€ en crédits de paiement, structurés notamment autour des programmes 105 (diplomatie), 151 (consulaire et Français de l’étranger) et 185 (influence et culture).
Mais cette stabilité est en trompe-l’œil. Si l’on constate de vraies augmentations de crédits pour la modernisation numérique du réseau consulaire, d’autres postes sont en baisse, à l’instar des bourses scolaires, en diminution de 4,9 millions d’euros cette année. Le Sénat avait pourtant voté un amendement pour rétablir les crédits à leur niveau de 2025 mais le Gouvernement a fait le choix d’écarter cette disposition.
L’opérateur de nos écoles et lycées français de l’étranger pâtit d’ailleurs fortement des ajustements budgétaires. Sa subvention pour charges de service public est elle aussi en baisse de 18 millions d’euros par rapport à 2025, alors que l’AEFE est depuis de longues années en déficit chronique.
Cela place de fait le réseau AEFE en grande difficulté, devant gérer les conséquences des arbitrages du Gouvernement alors qu’il n’a aucune responsabilité dans cette crise. Or on ne peut pas prétendre renforcer l’influence française tout en affaiblissant, budget après budget, l’un des opérateurs les plus importants pour les Françaises et Français établis hors de France.

