Dans un contexte de compétition mondiale pour les talents, les technologies et l’innovation, la France entend faire de la diplomatie scientifique un véritable instrument d’influence et de souveraineté. Mais comment transformer les coopérations scientifiques en opportunités économiques concrètes ? Interrogé sur ce point au Sénat, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères précise les ambitions de sa nouvelle stratégie de diplomatie scientifique, tout en reconnaissant la difficulté d’en mesurer les retombées économiques.
Une stratégie pour mieux coordonner une action jusqu’ici dispersée
Partenariats entre laboratoires, mobilité des chercheurs, programmes universitaires conjoints, coopération dans les secteurs technologiques stratégiques : la diplomatie scientifique française ne date pas de 2026.La nouvelle stratégie présentée cette année par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) entend toutefois donner davantage de cohérence et de visibilité à des initiatives jusqu’ici portées par une multitude d’acteurs.Interrogé par le sénateur Jean-Luc Ruelle sur la valeur ajoutée réelle de cette nouvelle stratégie, le ministère explique qu’elle doit permettre de renforcer le pilotage de l’action extérieure scientifique française, en coordination notamment avec le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les organismes de recherche et les établissements d’enseignement supérieur.Plusieurs objectifs sont poursuivis : soutenir l’internationalisation de la recherche française, attirer davantage de chercheurs étrangers grâce notamment au programme « Choose France for Science », défendre les principes de coopération scientifique internationale et développer des partenariats dans des secteurs considérés comme stratégiques pour la souveraineté française.Le réseau diplomatique est également appelé à jouer un rôle accru dans cette politique.
De la coopération scientifique aux intérêts économiques français
La principale évolution tient toutefois à la volonté affichée de rapprocher davantage diplomatie scientifique et diplomatie économique.Dans un contexte de compétition technologique croissante entre États, la recherche n’est plus seulement envisagée sous l’angle de la coopération académique. Elle participe également à l’attractivité d’un pays, à sa capacité d’innovation, à sa souveraineté technologique et, potentiellement, au développement de ses entreprises.Le ministère indique ainsi que les différents acteurs de « l’Équipe France » doivent davantage travailler ensemble, à Paris comme dans les postes diplomatiques, afin de mettre en relation les intérêts scientifiques, technologiques, industriels et économiques français.Il cite notamment le Franco-Australian Centre for Energy Transition, soutenu par le MEAE, comme illustration de cette volonté de créer un continuum entre recherche et innovation dans un secteur stratégique.L’enjeu est important : une coopération entre chercheurs peut, à terme, faciliter l’émergence de nouvelles technologies, des transferts de technologie, des partenariats industriels ou encore l’implantation d’entreprises françaises sur certains marchés.
Des retombées économiques encore difficiles à mesurer
Reste une difficulté majeure : comment savoir si cette diplomatie scientifique produit réellement des bénéfices économiques pour la France et ses entreprises ?Sur ce point, la réponse du ministère demeure prudente.Le MEAE reconnaît que les temporalités sont très différentes. Une coopération scientifique peut d’abord conduire à des publications communes, à la constitution de réseaux de chercheurs, à la mobilité de talents ou à l’accès partagé à certaines infrastructures. Ce n’est parfois que plusieurs années plus tard qu’elle débouche sur un transfert technologique, un partenariat industriel ou une implantation économique.Il est également difficile d’isoler le rôle propre de la diplomatie française au sein d’un écosystème faisant intervenir chercheurs, universités, organismes publics, entreprises et dispositifs de financement nationaux ou européens. Le ministère rappelle notamment que la France a été le deuxième bénéficiaire du programme Horizon Europe entre 2021 et 2024.Le MEAE estime dès lors que son rôle n’est pas de mesurer lui-même l’ensemble des retombées commerciales et industrielles de ces coopérations, mais plutôt de les orienter, faciliter, sécuriser, mettre en relation leurs acteurs et les valoriser à l’international.
Un enjeu : passer d’une stratégie de moyens à une stratégie de résultats
La nouvelle stratégie constitue donc avant tout une tentative de mieux structurer l’action française et de rapprocher des réseaux qui ont longtemps fonctionné selon des logiques différentes. La réponse ministérielle laisse toutefois ouverte une question essentielle : quels indicateurs permettront demain d’évaluer concrètement son efficacité ?
Nombre de partenariats scientifiques transformés en collaborations industrielles, créations d’entreprises issues de coopérations internationales, investissements générés, brevets ou transferts de technologie, implantation d’entreprises françaises, attraction ou maintien en France de chercheurs : plusieurs indicateurs pourraient permettre de suivre, dans la durée, le passage de la coopération scientifique à l’innovation et au développement économique.
Car dans la compétition internationale actuelle, disposer d’une recherche d’excellence constitue un atout majeur. Encore faut-il parvenir à mieux relier cette excellence scientifique aux réseaux économiques français et à mesurer les résultats de cette articulation.

