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Rapport 2026 sur les Français de l’étranger : entre modernisation et restrictions budgétaires

Chaque année, le Gouvernement publie son rapport sur la situation des Français établis hors de France. Celui présenté en 2026, consacré principalement à l’année 2025, reprend une architecture très proche de l’édition précédente. Mais derrière cette continuité apparente, plusieurs évolutions importantes apparaissent.

La première concerne la modernisation des services consulaires, qui franchit une nouvelle étape.

Le Service France Consulaire est désormais déployé dans le monde entier. Depuis le 9 décembre 2025, la plateforme couvre 198 pays et 223 postes diplomatiques et consulaires. Depuis son lancement, elle a reçu près de 1,4 million d’appels et seuls 3,5 % des dossiers individuels nécessitent un renvoi vers les consulats.

Autre évolution très attendue : l’expérimentation du renouvellement des passeports sans comparution personnelle, lancée au Canada et au Portugal, a été reconduite pour deux ans et étendue à l’Australie et à l’Espagne. Le Gouvernement indique qu’une nouvelle extension à d’autres pays pourra être envisagée à l’issue de cette deuxième phase.

Le rapport fait également état de la création, en septembre 2025, d’une cellule d’excellence consulaire, composée de trois agents et chargée d’identifier et de diffuser les bonnes pratiques, d’accompagner les postes rencontrant des difficultés et d’améliorer plus généralement l’efficacité des services consulaires. Le taux de satisfaction déclaré par les usagers atteint parallèlement 96,1 %, contre 90,36 % en 2024.

La numérisation progresse aussi dans plusieurs domaines. La dématérialisation complète des procurations électorales, expérimentée lors des élections européennes et législatives de 2024, a été généralisée à tous les scrutins par un décret du 3 novembre 2025. Elle permet aux électeurs disposant d’une carte nationale d’identité électronique et d’une identité numérique certifiée d’établir une procuration sans comparution physique.

Le rapport fixe par ailleurs pour objectif une dématérialisation intégrale de l’état civil détenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères d’ici la fin de l’année 2026.

Légalisations et apostilles : un changement majeur

L’année 2025 a surtout été marquée par une réforme importante des formalités de légalisation et d’apostille.

Depuis le 1er septembre 2025, la compétence jusqu’alors exercée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a été transférée aux Notaires de France. Le Bureau des légalisations du ministère a ainsi définitivement fermé.

Le rapport reconnaît qu’une période d’ajustement a suivi l’entrée en vigueur de la réforme, avec des difficultés signalées par des usagers, des entreprises et certains consulats étrangers. Environ 210 000 formalités de légalisation et d’apostille ont depuis été réalisées par les notaires.

La Journée défense et citoyenneté fait également son apparition comme rubrique spécifique dans le rapport 2026, alors qu’elle ne figurait pas de manière autonome dans le sommaire de l’année précédente.

Une communauté française toujours plus nombreuse, mais une croissance qui ralentit

Le nombre de Français inscrits au Registre continue d’augmenter.

Au 31 décembre 2025, 1 784 975 Français étaient inscrits, contre 1 754 688 un an auparavant. La hausse atteint donc 1,7 %, après une progression de 3,6 % en 2024. Il s’agit de la quatrième année consécutive de croissance depuis la crise sanitaire.

Le Gouvernement estime désormais que le nombre réel de Français établis hors de France se situe entre 2,8 et 3,2 millions, l’inscription au Registre restant volontaire.

Les États-Unis progressent notamment fortement (+5,3 %) et comptent désormais 168 529 inscrits, pratiquement autant que la Suisse, qui demeure le premier pays d’accueil avec 168 881 inscrits. Les cinq principales communautés françaises demeurent situées en Suisse, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique et au Canada.

Une donnée mérite également d’être relevée : plus de 1,2 million de Français sont inscrits depuis plus de cinq ans dans la même circonscription consulaire. Elle confirme une réalité parfois encore mal appréhendée par l’administration française : l’installation à l’étranger est très majoritairement une situation durable, et non une parenthèse professionnelle de quelques années.

Aides sociales : des restrictions budgétaires qui se poursuivent

Les évolutions sont moins positives en matière sociale.

En mars 2025, une baisse généralisée de 5,5 % des taux de base des aides sociales a été décidée afin de respecter les contraintes budgétaires. Elle s’ajoute, dans certains pays européens, à la diminution déjà programmée de la prestation d’assistance consulaire.

Le nombre global d’allocataires passe de 4 246 à 4 205. Les allocations de solidarité versées aux personnes âgées diminuent de 2,82 % en nombre de bénéficiaires et celles destinées aux adultes handicapés de 1,74 %.

La situation des organismes locaux d’entraide et de solidarité, les OLES, mérite également l’attention. Leur nombre diminue de 91 à 86, tandis que le nombre de Français bénéficiaires déclarés chute de 10 700 à 8 686, soit une baisse de 19 %. Les montants de subventions progressent néanmoins de 7 %, pour atteindre environ 1,26 million d’euros.

Concernant le STAFE, 227 projets ont été soutenus en 2025 pour un montant total de 1,37 million d’euros. Les crédits restant disponibles ont été redéployés vers les OLES ainsi que vers les dépenses de rapatriement et d’hospitalisation d’urgence.

L’AEFE entre dans une période de réforme

Le changement de vocabulaire employé par le Gouvernement au sujet de l’enseignement français à l’étranger mérite enfin d’être observé.

Le précédent rapport décrivait encore le réseau comme un « réseau dynamique en développement ».

Le rapport 2026 rappelle qu’il rassemble désormais 640 établissements dans 140 pays, mais annonce surtout le lancement d’une « réforme profonde de l’AEFE ». Les contours précis de cette réforme restent encore à définir, mais cette formulation confirme que l’avenir du modèle économique et institutionnel de l’enseignement français à l’étranger est désormais ouvertement posé.

Une modernisation réelle, mais toujours la même conception des Français de l’étranger

Le rapport témoigne donc de progrès concrets : davantage de démarches réalisables à distance, une couverture mondiale du Service France Consulaire, l’extension du renouvellement des passeports sans comparution ou encore la généralisation des procurations dématérialisées.

Mais il confirme également une conception encore très traditionnelle de la politique à destination des Français établis hors de France.

L’action publique reste principalement organisée autour de l’administration consulaire, de la protection, de la sécurité, de l’enseignement et des aides sociales. Le Gouvernement souligne certes que les Français de l’étranger contribuent à l’influence de la France dans le monde, mais cette idée ne trouve encore que très peu de traduction concrète dans les politiques présentées.

La modernisation administrative progresse. Reste désormais à moderniser aussi notre manière de penser les Français de l’étranger.

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