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Le Quai d’Orsay se dote d’une direction de la « souveraineté économique »

Un décret et un arrêté publiés au Journal officiel du 24 juin 2026 modifient l’organisation de l’administration centrale du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Derrière ces changements administratifs se dessine une évolution notable des priorités du Quai d’Orsay : la diplomatie économique est désormais explicitement associée aux enjeux de souveraineté économique.

Une nouvelle appellation pour une direction stratégique

Premier changement : la direction de la diplomatie économique devient la « direction de la diplomatie et de la souveraineté économiques ».

Cette modification n’est pas seulement sémantique. Le décret confie désormais à cette direction la mission de conduire l’analyse géoéconomique du contexte stratégique international et de définir les stratégies de diplomatie, de sécurité et de souveraineté économiques du ministère. Elle devient également l’interlocutrice du Quai d’Orsay dans les instances interministérielles traitant de ces questions.

La géoéconomie au cœur de l’action diplomatique

L’arrêté publié le même jour détaille les nouvelles attributions de cette direction.

Celle-ci sera chargée d’analyser les évolutions du contexte géoéconomique mondial, d’identifier les risques susceptibles d’affecter la prospérité, la résilience ou la souveraineté économique de la France, et de proposer les réponses diplomatiques adaptées.

Le texte insiste également sur la défense des intérêts économiques français à l’étranger, qu’ils soient commerciaux, industriels ou technologiques, ainsi que sur l’attraction des investissements étrangers et des compétences considérées comme stratégiques pour l’économie nationale.

Les postes diplomatiques et consulaires sont explicitement intégrés à cette stratégie et devront être mobilisés sur ces questions sous l’impulsion de la nouvelle direction.

Des secteurs stratégiques clairement identifiés

L’arrêté crée une architecture administrative davantage tournée vers les enjeux industriels et technologiques.

Une sous-direction des secteurs stratégiques et des technologies émergentes est notamment chargée du suivi de domaines considérés comme prioritaires : santé, agriculture, énergie, aéronautique, spatial, intelligence artificielle, technologies quantiques, minerais critiques ou encore armement dans sa dimension industrielle et exportatrice.

Cette sous-direction devra contribuer à la définition du volet international de plusieurs stratégies nationales et accompagner les entreprises françaises sur les marchés étrangers.

Une attention renforcée aux sanctions et à la coercition économique

Autre évolution notable : le renforcement des missions liées à la sécurité économique.

Une sous-direction des sanctions, des normes économiques et de la lutte contre la coercition est chargée de coordonner l’élaboration des positions françaises sur les sanctions économiques internationales, d’en suivre l’application et d’analyser leur impact.

Elle devra également surveiller les stratégies économiques de pays tiers susceptibles de porter atteinte aux intérêts français ou de constituer des mesures de coercition économique. Cette notion, de plus en plus présente dans les politiques européennes, vise notamment les pressions économiques exercées par certains États à des fins politiques ou stratégiques.

Le texte prévoit aussi un suivi des questions de sécurité économique, de lutte contre les influences étrangères à caractère économique, ainsi que des enjeux liés aux normes internationales, à la propriété intellectuelle et à la responsabilité des entreprises.

Business France et les acteurs économiques davantage intégrés

La nouvelle direction voit également son rôle renforcé dans l’animation de l’écosystème économique français à l’international.

Elle assurera la tutelle stratégique de Business France et coordonnera les relations avec les conseillers du commerce extérieur de la France, les chambres de commerce, les collectivités territoriales, Bpifrance et les différentes fédérations professionnelles.

Cette disposition confirme la volonté du ministère d’intégrer plus étroitement l’ensemble des acteurs de l’internationalisation des entreprises françaises dans une stratégie commune.

De nouvelles missions pour la sécurité diplomatique

L’arrêté élargit également les compétences de la direction de la sécurité diplomatique.

Cette dernière se voit officiellement confier la sûreté des agents et des emprises diplomatiques, la protection de l’information, la sécurité des systèmes d’information, la protection des données personnelles et la mise en œuvre des dispositions relatives au secret de la défense nationale.

Elle sera également chargée de coordonner l’application de la politique interministérielle de sécurité dans les postes diplomatiques et consulaires, et d’assurer le contrôle interne ainsi que la maîtrise des risques associés.

Une évolution révélatrice des priorités diplomatiques françaises

À travers ces modifications organisationnelles, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères formalise l’importance croissante accordée aux questions de souveraineté économique, de sécurité économique et de compétition géoéconomique internationale.

L’évolution du vocabulaire employé dans les textes, l’accent mis sur les technologies stratégiques, les sanctions économiques, les influences étrangères ou encore la protection des chaînes d’approvisionnement traduisent l’intégration progressive des enjeux économiques dans le champ de la politique étrangère et de la sécurité nationale.

Cette réorganisation intervient dans un contexte international marqué par la multiplication des tensions commerciales, des politiques industrielles offensives et des rivalités technologiques entre grandes puissances, auxquelles la diplomatie française entend désormais répondre de manière plus structurée.

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