Les conséquences des coupes budgétaires dans l’aide publique au développement commencent à être mesurées concrètement. Dans une étude réalisée avec CartONG, Coordination SUD dresse un constat alarmant : la baisse des financements publics fragilise profondément les ONG françaises de solidarité internationale et menace directement des millions de bénéficiaires à travers le monde. Selon cette étude, 94 % des ONG françaises interrogées déclarent avoir déjà été touchées par les réductions budgétaires engagées depuis 2024.
Une contraction budgétaire sans précédent
Depuis 2024, l’APD française a subi plusieurs vagues de coupes successives. Après une première réduction de 742 millions d’euros en février 2024, le budget 2025 a entraîné une baisse totale supérieure à 2,1 milliards d’euros, soit environ 37 % des crédits consacrés à la solidarité internationale.
Pour Coordination SUD, il s’agit de la réduction la plus brutale jamais observée dans ce secteur. L’organisation souligne d’ailleurs que l’aide publique au développement, qui représentait environ 1 % du budget général de l’État, a supporté une part disproportionnée de l’effort budgétaire national.
Cette trajectoire s’inscrit également dans un contexte international préoccupant, marqué par des réductions similaires dans plusieurs pays européens ainsi que par le gel partiel de l’aide américaine via USAID.
Des conséquences humaines immédiates
L’étude estime que les réductions de financements ont déjà conduit à l’arrêt ou à la réduction de 1 282 projets dans le monde. Au total, 15,2 millions de personnes seraient affectées par ces décisions budgétaires. Les secteurs les plus touchés concernent des besoins essentiels : santé, sécurité alimentaire, accès à l’eau, éducation, aide humanitaire ou encore protection des droits humains.
Certaines zones particulièrement fragiles sont directement concernées, notamment le Sahel, le Soudan, Haïti, l’Afghanistan, Gaza, le Liban ou encore l’Ukraine.
L’étude souligne aussi que plusieurs ONG ont dû interrompre totalement leurs activités dans certains pays, mettant fin à des partenariats locaux parfois construits depuis des années.
Une crise sociale pour les ONG françaises
Les conséquences ne concernent pas uniquement les populations bénéficiaires. Les associations françaises elles-mêmes traversent une crise majeure. Coordination SUD estime qu’environ 10 000 emplois pourraient être supprimés dans le secteur de la solidarité internationale. Plusieurs organisations évoquent déjà des plans de sauvegarde de l’emploi, des réductions d’effectifs ou des difficultés de trésorerie importantes.
L’étude met également en garde contre des effets durables : perte de compétences, affaiblissement des capacités d’innovation, difficulté à maintenir des équipes qualifiées et recul de la présence française dans de nombreuses zones sensibles.
Un débat politique et stratégique
Au-delà des chiffres, cette étude pose une question plus large : celle de la place de la solidarité internationale dans la stratégie diplomatique française. Pour Coordination SUD, l’APD ne constitue pas uniquement une politique humanitaire. Elle représente également un outil de stabilité internationale, de prévention des crises, de soutien aux sociétés civiles et de rayonnement de la France.
L’organisation appelle donc le gouvernement et le Parlement à réexaminer la trajectoire budgétaire actuelle à l’occasion des débats sur le budget 2026. Elle plaide également pour une meilleure prise en compte des conséquences concrètes de ces coupes, tant pour les populations concernées que pour les acteurs français de la solidarité internationale.
Dans un contexte international déjà marqué par les conflits, les déplacements forcés de population et les crises climatiques, l’étude estime que la réduction massive de l’aide publique au développement pourrait produire des effets durables bien au-delà du seul secteur associatif.

