À travers son expérience de DRH, Laure Maillard, fondatrice de Work2Care partage sa vision d’un monde du travail plus humain, notamment dans l’accompagnement des retours après une longue absence. Son parcours, marqué par des expériences personnelles fortes nourrit sa réflexion sur l’importance d’un accompagnement à la fois professionnel et humain dans ces moments clés.
Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amenée à créer Work2Care ?
Work2Care est né à la croisée de mon expérience de DRH et de mon vécu personnel. J’ai traversé plusieurs phases de vie marquantes : expatriation, maternité, proche aidante et ma propre maladie avant 50 ans. Dans mon parcours professionnel, j’ai constaté que les entreprises maitrisent les aspects administratifs des retours au travail, mais restent souvent démunies sur le plan humain. On ne sait souvent pas toujours comment accompagner ces moments sensibles.
Lorsque j’y ai été confrontée moi-même, j’ai traversé une période de diagnostic puis de soins et de fragilité. Nous ne sommes jamais vraiment préparé à cela. À mon retour au travail, alors que j’occupais un poste de DRH Europe, j’ai été licenciée. Cette expérience a profondément nourri ma réflexion sur la manière de transformer ces épreuves en leviers de transformation.
C’est ainsi qu’est né Work2Care : d’un parcours personnel, d’un processus de rétablissement et d’une volonté de faire évoluer les pratiques. J’ai réalisé qu’il y avait un lien entre la période du parcours de soin (care) et la reprise du travail (work). Le tout est intrinsèquement liés. Et pour réussir cette reprise, il faut au moins être 2, la personne concernée, l’employeur et peut être même les professionnels de santé dans les traitements..
Avez-vous identifié des tendances chez les personnes que vous accompagnez?
Oui, très clairement. Beaucoup évoquent un manque d’accompagnement, voire une absence totale de contact pendant leur arrêt, suivi d’une reprise peu préparée. Souvent, ni l’entreprise ni le salarié ne sont réellement prêts.
Un point clé ressort : les départs sont généralement anticipés, mais les retours le sont très rarement.
Quelles idées reçues observez-vous lors d’un retour au travail ?
Du côté des salariés, il existe une forte volonté de reprendre comme avant. Or, cela n’est pas toujours possible, notamment après une maladie grave ou chronique. Du côté des entreprises, l’absence est parfois perçue comme une période de repos, alors qu’il s’agit le plus souvent de soins. Il en découle des attentes de reprise rapide, déconnectées de la réalité vécue.
Combien de temps faut-il pour bien accompagner un retour au travail ?
L’accompagnement nécessite du temps. J’ai conçu un programme sur huit mois, qui correspond au minimum nécessaire pour permettre une réadaptation progressive. Il s’adresse à la fois à la personne concernée, mais aussi à son environnement de travail : équipe, managers et RH. L’objectif est de structurer un retour durable et équilibré.
Le monde du travail a-t-il été pensé pour des carrières sans interruption ?
Pas suffisamment. Les trajectoires professionnelles ne sont pas linéaires : maladie, maternité, rôle d’aidant… ces réalités concernent tout le monde.
Ces moments de vie ont un impact direct sur les parcours professionnels. Il devient donc essentiel de mieux les intégrer dans les politiques RH.
Qu’en est-il de la santé mentale en entreprise ?
La santé mentale est aujourd’hui davantage reconnue, notamment grâce aux actions de sensibilisation. Elle s’inscrit toutefois dans un continuum : chacun peut traverser des périodes plus ou moins difficiles.
L’enjeu est de mieux détecter les signaux faibles, d’ouvrir des espaces d’écoute et d’accompagnement, et de repenser la frontière entre vie personnelle et professionnelle, désormais de plus en plus perméable.
La charge mentale s’arrête-t-elle pendant un arrêt ?
Non. Elle reste présente, voire s’intensifie. Que ce soit pendant un arrêt maladie ou un congé maternité, il est souvent difficile de se recentrer uniquement sur soi, notamment en présence de responsabilités familiales.
La charge mentale est étroitement liée à l’anticipation et à l’organisation du quotidien.
Le congé paternité peut-il contribuer à réduire la charge mentale des femmes ?
Le congé paternité constitue une avancée importante, mais il ne suffit pas à lui seul. La parentalité s’inscrit dans la durée et suppose un engagement continu des deux parents.
C’est cette répartition dans le temps qui permet réellement de réduire la charge mentale.
Quelles évolutions souhaiteriez-vous voir dans les pratiques RH ou la législation ?
Il serait essentiel d’institutionnaliser l’accompagnement des retours au travail. Aujourd’hui, cela dépend encore trop des entreprises.
Un cadre structuré, obligatoire sur plusieurs mois et harmonisé au niveau européen permettrait d’assurer un suivi réel et durable, facilitant la réintégration des salariés.
Qui fait appel à Work2Care ?
Principalement des entreprises — RH et dirigeants — qui souhaitent accompagner leurs collaborateur.rices.
Mais de plus en plus de particuliers me sollicitent directement. Je réfléchis actuellement à des solutions de financement, notamment via des modèles issus de l’économie sociale et solidaire.
Quel est, selon vous, l’impact global de votre démarche ?
Cette approche a un impact à plusieurs niveaux :
- Elle permet de sécuriser les parcours professionnels
- Elle favorise le maintien dans l’emploi (éviter aussi la précarité dans certains cas)
- Elle accompagne des situations de handicap ou de vulnérabilité
- Elle améliore la continuité entre vie personnelle et professionnelle
Et surtout, nous sommes tous concernés à un moment de notre vie. Anticiper ces situations permet de mieux y faire face.
Quel est l’impact global de votre démarche ?
Cette approche agit à plusieurs niveaux :
- Elle sécurise les parcours professionnels
- Elle favorise le maintien dans l’emploi
- Elle accompagne les situations de vulnérabilité ou de handicap
- Elle améliore l’articulation entre vie personnelle et professionnelle
Nous sommes tous concernés, à un moment de notre vie. Anticiper ces situations, c’est se donner les moyens de mieux les traverser. Aujourd’hui, la réintégration accompagnée est un succès avec 92% de réussite en 2025.
Laure Maillard – fondatrice de Work2Care

