La France dispose de l’un des systèmes les plus développés au monde pour accompagner ses citoyens établis hors de ses frontières. Représentation politique, réseau diplomatique et consulaire, enseignement français, protection sociale, réseau économique, tissu associatif : au fil du temps, nous avons construit des institutions remarquables.
Et pourtant, il nous manque encore l’essentiel : une politique globale à l’égard des Français de l’étranger.
Cela tient sans doute à notre histoire. Contrairement à l’Irlande ou au Portugal, la France ne s’est jamais pensée comme un pays d’émigration. Dans un État particulièrement centralisé, notre politique s’est donc essentiellement construite autour de la protection, des droits, de la représentation et des services publics.
Ces missions sont indispensables et doivent continuer à être défendues. Mais elles ne répondent qu’à une partie du sujet.
Car les Français de l’étranger ne sont pas seulement des citoyens auxquels la République doit garantir des droits et des services. Ils constituent aussi une présence humaine française dans le monde, porteuse de compétences, d’expériences, de réseaux et de connaissances que notre pays valorise encore très peu.
Nous savons relativement bien où vivent les Français dans le monde. Nous savons beaucoup moins bien qui ils sont. Combien sont universitaires, médecins, ingénieurs, entrepreneurs, responsables d’ONG, artistes ? Quels secteurs connaissent-ils ? Quels réseaux ?
Cette connaissance existe de manière éparse, dans les ambassades, les chambres de commerce, le réseau économique, les associations ou auprès des élus. Mais elle n’est ni structurée ni véritablement mobilisée.
C’est ce regard qu’il faut changer.
La question ne doit plus seulement être : « que devons-nous faire pour les Français de l’étranger ? », mais aussi : « que pouvons-nous construire avec eux ? »
Cela suppose d’abord de mieux connaître notre communauté, en enrichissant les informations du registre consulaire et en cartographiant, pays par pays, les compétences et les réseaux qui constituent notre présence française.
Cela permettrait de mobiliser cette expérience lorsque la France en a besoin. Lorsque notre pays réfléchit à l’intelligence artificielle, à l’énergie, à la santé ou à la gestion de l’eau, pourquoi ne pas solliciter les Français qui travaillent déjà sur ces questions au sein d’entreprises, d’universités ou d’administrations étrangères ?
Le cas des chercheurs est particulièrement révélateur. Dans une enquête menée en 2025 par l’ASFE auprès de 552 chercheurs français à l’étranger, 62 % disaient souhaiter participer à la vie de leur pays et lui apporter leur expertise. Pourtant, 7 % seulement déclaraient être identifiés et sollicités par leur ambassade.
Le potentiel existe. C’est son organisation qui fait défaut.
Il faut aussi regarder au-delà de la seule nationalité. Plus de 400 000 élèves sont scolarisés dans l’enseignement français à l’étranger, dont une majorité n’est pas française. Ils apprennent notre langue, connaissent notre culture et grandissent dans notre système éducatif. Puis ils partent et, trop souvent, nous les perdons de vue.
Il en va de même des anciens étudiants étrangers en France, des anciens boursiers et de tous ceux qui ont construit une relation particulière avec notre pays. La France dispose autour d’elle d’un immense réseau d’affinités qu’elle entretient encore trop peu.
Changer de regard ne signifie évidemment pas abandonner notre devoir de protection. Il faut continuer à défendre activement l’accès à l’enseignement français et le réseau AEFE, repenser la Caisse des Français de l’étranger, accompagner le vieillissement de nos communautés, protéger les plus vulnérables et simplifier des démarches administratives encore trop souvent conçues sans tenir compte de la réalité d’une vie à l’étranger.
Il faut aussi penser aux nouvelles générations.
Une part croissante de nos compatriotes est née hors de France, possède plusieurs nationalités et n’a parfois jamais vécu durablement sur notre territoire. Pour eux, parler de « retour en France » n’a aucun sens. La France n’a pas besoin d’être leur unique centre d’appartenance. Elle doit rester un point d’ancrage.
Cette ambition suppose également de sortir de l’obsession française pour la « fuite des cerveaux ». Un chercheur français installé dans une université canadienne n’est pas nécessairement perdu pour la France. Il peut collaborer avec nos universités, créer des partenariats et nous ouvrir des portes. Il peut être utile à la France précisément parce qu’il est ailleurs.
Accompagnons ceux qui souhaitent s’installer ou se réinstaller en France, et facilitons l’investissement de ceux qui veulent y développer des projets. Mais cessons de mesurer la qualité du lien avec notre pays à la perspective d’un retour définitif.
La France possède déjà presque toutes les institutions nécessaires. Ce qui lui manque est une doctrine.
La diplomatie de diaspora est devenue un sujet d’étude à part entière. En France, elle reste largement ignorée. Elle devrait entrer dans la formation des diplomates et des agents du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, non pas seulement sous l’angle consulaire, mais comme un sujet politique, économique, scientifique et diplomatique.
Connaître, mobiliser, intégrer, protéger, transmettre, investir et circuler : c’est autour de ces principes que nous proposons de construire une politique intégrale des Français établis hors de France.
Une politique qui ne les considère plus simplement comme une distance à gérer ou une population à administrer, mais pour ce qu’ils sont : une partie de la France dans le monde.
Le programme complet de la liste « ASFE 2026 – La Voix des Français de l’étranger » est à retrouver sur https://2026.alliancesolidaire.org
