Ancienne enseignante en éducation musicale en France, Stella Nadelcheva s’est réinventée après son installation au Canada. Fondatrice et co-organisatrice du Festival francophone de la créativité, elle défend une vision de l’art comme outil de développement personnel, de rencontre et d’ouverture sur le monde. À quelques mois de la nouvelle édition, qui se tiendra du 9 au 18 octobre 2026 elle revient sur son parcours et sa conviction que chacun peut développer sa créativité.
Comment est née votre activité autour de la créativité ?
Au début, j’ai expérimenté différentes choses : j’ai animé des ateliers dans un studio d’art, proposé des activités auprès de communautés locales et créé un blog, S’élever par l’art, pour partager ma vision de la créativité.
C’est grâce à ce blog qu’Émeline Genot m’a invitée à intervenir lors d’un sommet consacré à l’éducation. J’y ai animé un atelier créatif destiné aux familles. Cette première expérience a été le point de départ de tout ce qui a suivi.
Quelle est votre approche des ateliers créatifs ?
Je ne propose ni des cours scolaires ni des séances d’art-thérapie, même si j’ai été formée à cette discipline. Ce qui m’intéresse, c’est d’offrir un espace où chacun peut explorer sa créativité librement. L’objectif n’est pas de produire une œuvre parfaite mais de vivre un processus créatif, de mieux se connaître et de développer sa confiance.
La créativité devient alors un véritable outil de découverte de soi.
Pourquoi accordez-vous autant d’importance à la créativité aujourd’hui ?
Parce qu’elle développe des compétences essentielles.
Nous vivons dans un monde où les connaissances sont accessibles en quelques clics. En revanche, la créativité, la connaissance de soi, la communication ou encore l’intelligence émotionnelle sont des qualités qui ne peuvent pas être remplacées par la technologie.
Ce sont, selon moi, des compétences indispensables pour l’avenir.
Vous organisez aujourd’hui le Festival francophone de la créativité. Comment est né ce projet ?
Le festival est né de manière assez inattendue. Une nuit, j’ai rêvé de Julia Cameron, l’autrice du livre Libérez votre créativité. Dans ce rêve, elle me disait simplement : « Je serai dans ton festival. »
Au réveil, je me suis demandé : « Et si ce festival existait vraiment ? » C’est ainsi qu’est née l’idée. Nous avons lancé la première édition avec Emeline Genot, puis, aujourd’hui, mon mari et moi poursuivons cette aventure.
Quel est votre rôle dans son organisation ?
Avec mon mari, nous assurons toute l’organisation : la programmation, le choix des thèmes, le contact avec les intervenants et la coordination des ateliers et des conférences.Nous cherchons chaque année des personnalités inspirantes venant de tout l’espace francophone, mais aussi de nombreux pays du monde.
En quoi consiste le festival ?
C’est un festival entièrement en ligne, organisé sur Zoom. Pendant dix jours, les participants peuvent assister gratuitement à des conférences, mais surtout participer à des ateliers créatifs où ils expérimentent différentes pratiques artistiques.
L’idée n’est pas de regarder passivement des œuvres mais de vivre une véritable expérience. Les conférences sont accessibles en direct ou en différé, avec des replays disponibles pendant vingt-quatre heures afin de tenir compte des différents fuseaux horaires.
Chaque édition repose sur un thème. Quel sera celui de cette année ?
Cette année, nous avons choisi le thème du voyage et de la créativité multiculturelle. Les participants voyageront à travers les cultures du monde grâce à une trentaine d’intervenants. Nous irons notamment au Japon, au Maroc, en République démocratique du Congo, au Québec, en Australie ou encore au Moyen-Orient.
Chaque atelier proposera une immersion créative inspirée des traditions, des arts et des patrimoines culturels de ces pays.
Comment choisissez-vous les intervenants ?
Il existe plusieurs possibilités. Certains sont des personnes que je connais parce que j’ai suivi leurs formations. D’autres nous contactent spontanément ou nous sont recommandés par notre communauté.
Je mène également beaucoup de recherches pour découvrir de nouveaux artistes, auteurs, pédagogues ou thérapeutes dont l’approche correspond au thème de l’année.
Selon vous, la créativité est-elle un don ou une compétence qui s’apprend ?
Je suis convaincue que tout le monde est créatif. Nous créons en permanence, à travers nos choix, nos paroles, nos décisions ou notre manière de vivre. Nous sommes tous créateurs de notre existence. Ensuite, cette créativité peut se développer comme un muscle. Plus on la pratique, plus elle grandit.
Qu’il soit artiste, scientifique, entrepreneur ou cuisinier, chacun peut cultiver cette capacité.
Qu’espérez-vous apporter aux participants du festival ?
Avant tout, je souhaite qu’ils repartent inspirés et qu’ils osent créer. Le festival est aussi un lieu de rencontres entre des personnes qui partagent les mêmes valeurs. Il montre que la créativité dépasse largement les disciplines artistiques : elle permet de voyager, de mieux comprendre les autres cultures et parfois même de mieux se comprendre soi-même.
Quels retours recevez-vous des participants ?
Nous avons été très surpris par l’engouement suscité dès la première édition, organisée pendant la pandémie.
Chaque année, environ 5 000 personnes s’inscrivent au festival et beaucoup nous demandent déjà les dates de l’édition suivante. Ce qui me touche le plus, ce sont les messages de participants qui nous expliquent que le festival leur a redonné envie de créer, de reprendre un projet artistique ou tout simplement de se reconnecter à eux-mêmes.
C’est sans doute la plus belle récompense.
