L’ASFE a eu l’opportunité de s’entretenir avec Jean-Yves Gicquel, représentant des Français en Malaisie, à la suite de la libération de Tom Felix après plus de 900 jours de détention dans le cadre d’une procédure judiciaire en Malaisie. Engagé auprès de la communauté française et familier du contexte local, il a suivi cette affaire de près, notamment en tant que traducteur lors des premières audiences. À travers cet échange, il revient sur les accusations portées contre Tom Felix, le déroulement de la procédure judiciaire et les peines encourues.
Il y a quelques jours, Tom Felix est rentré en France, aux termes d’un périple judiciaire en Malaisie de plus de 900 jours. Cet ancien cadre au sein du groupe français Veolia avait été arrêté en août 2023 alors qu’il s’apprêtait à ouvrir un restaurant sur une île du nord-ouest de la Malaisie.
Pouvez-vous revenir sur les accusations portées à l’encontre de Tom Felix et la façon dont les différentes étapes judiciaires se sont déroulées en Malaisie ?
Comme ses parents, je me réjouis de la libération de Tom Félix ce 4 février 2026, incarcéré dans une prison du Perlis au nord de la Malaisie depuis le 9 août 2023, après que la police malaisienne a découvert du cannabis dans le logement qu’il partageait avec un couple malaisien sur l’île malaisienne de Langkawi à proximité de la Thaïlande.
Le 24 mai 2024, j’ai rencontré Tom pour la première fois lorsque je lui ai traduit ses 8 chefs d’accusation du malais en français. Ses 2 codétenus qui répondaient de 7 chefs d’accusation et lui ont tous les trois plaidés non-coupables.
Les conditions de détention dans les prisons malaisiennes sont bien sûr loin d’être idéales ; la Malaisie dispose d’environ 76 000 places pour une population carcérale qui dépasse 84 000 détenus dont beaucoup d’étrangers et de clandestins.
Ses parents ont très tôt choisi pour la défense de leur fils M. Collin Andrew, un avocat respecté par ses pairs et confiant d’obtenir une victoire pour son client. Cependant, au lieu de s’en remettre à ses conseils éclairés, les parents ont entamé une vaste campagne médiatique en vue de mobiliser les pouvoirs publics français et obtenir une libération sous pression politique.
Il doit son acquittement à une accusation qui a connu une série de manquements, des erreurs dans le marquage de la drogue, des témoins absents le jour de leur audition, un premier procureur muté, son remplaçant atteint d’un A.V.C. avant qu’un troisième prenne la relève sur la fin. Cela a entraîné des retards, des lacunes et des incertitudes affaiblissant l’accusation suffisamment pour créer un doute raisonnable ; l’avocat a su exploiter ces insuffisances au profit de Tom, amenant la Juge à prononcer un non-lieu sans même que la défense n’ait été appelée ou que Tom n’ait eu à répondre de la présence de la drogue à son domicile.
Quelle peine risquait Tom Felix ?
En juillet 2023, le nouveau gouvernement du Premier Ministre Anwar Ibrahim a modifié la Loi sur les Drogues Dangereuses de 1952 qui imposait la peine de mort automatique et permet aujourd’hui au juge de prononcer des peines de prison de 30 à 40 ans. Cette loi sous son Article 39B prévoit désormais que : “Toute personne qui enfreint l’une des dispositions du sous-article (1) sera coupable d’un délit sous cette Loi et sera passible en cas de culpabilité de la peine de mort ou de la prison à vie et en l’absence de la peine capitale, sera puni d’au moins douze coups de canne.” Dans l’environnement politique actuel, Tom ne risquait nullement la peine de mort ; j’en veux pour preuve que toutes les peines capitales prononcées auparavant et qui n’avaient pas encore été exécutées, dont certaines remontent à plus de dix ans, ont chacune été révisées par la Cour d’Appel de Putrajaya et commuées en peine de 30 ans.
Les autorités françaises (Ambassade, consulat) se sont-elles beaucoup impliquées ?
L’Ambassadeur de France en Malaisie, S.E. Axel Cruau a reçu ses parents pour leur assurer son soutien moral et diplomatique, et le Consul, M. Alexandre Gardès s’est déplacé pour toutes les audiences au tribunal, a rendu visite à Tom en prison et est intervenu auprès des autorités carcérales pour améliorer ses conditions de détention. Le jour de sa libération, les procédures de l’Immigration prévoyaient qu’il soit d’abord transféré pendant une quinzaine de jours vers le Centre de Rétention Provisoire pour Clandestins de Belantik à 60 km d’Alor Setar où les cas de tuberculose et autres infections sont fréquentes. Heureusement, M. Gardès s’est activé au téléphone pour négocier en urgence son départ immédiat vers l’Aéroport International de Kuala Lumpur et lui éviter une expérience traumatisante de plus qui lui aurait fait regretter la cellule qu’il venait de quitter.
En tant que traducteur, vous avez pu suivre ce procès de très près. Qu’en retenez-vous ?
J’ai été appelé comme traducteur seulement pour les 2 premières audiences lorsque je lui ai simplement traduit ses 8 chefs d’accusation en français et où il a plaidé non-coupable. Ces 2 audiences ont été très courtes. Lorsque le procès a débuté, j’ai été envoyé vers une autre affaire et un autre interprète a traduit les témoignages de l’accusation.
Vous êtes également Conseiller des Français de Malaisie. Quel message adressez-vous aux Français qui viennent en Malaisie ?
En tant que Conseiller des Français de l’Étranger, je tiens à rappeler à nos compatriotes, particulièrement aux nouveaux expatriés qu’ils doivent exercer la plus grande prudence quant à leurs fréquentations et partenariats. Se familiariser avec les us et coutumes d’un pays comme la Malaisie avec sa population multiculturelle et multilingue, prend du temps. Il est aussi fortement conseillé de garder des contacts étroits avec la communauté française sur place et en particulier avec les services de l’Ambassade afin qu’à la moindre difficulté administrative ou autre, on trouve les ressources pour résoudre les éventuels problèmes.
Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Je souhaite à Tom de se remettre de son expérience malheureuse en Malaisie et de trouver sa voie. La Malaisie est un pays magnifique avec une population accueillante et chaleureuse. Peut-être que lors d’un prochain séjour, aura-t-il l’occasion de découvrir tous les aspects positifs de ce merveilleux pays.

