Donald Trump a récemment dévoilé un projet audacieux – et profondément inquiétant – destiné à remodeler la gouvernance mondiale : la création d’un Conseil de paix (Board of Peace). Présentée comme une réponse aux crises internationales, à commencer par Gaza, l’initiative révèle en réalité une ambition bien plus vaste : établir une structure alternative, voire concurrente à l’Organisation des Nations unies.
Derrière le terme séduisant de « paix » se dessine une conception inédite de la diplomatie. Selon une charte qui a fuité, les États sont invités à rejoindre ce Conseil sous la présidence de Trump lui-même. Chaque pays obtiendrait un mandat de trois ans renouvelable, sauf s’il verse plus d’un milliard de dollars en cash dès la première année – condition ouvrant droit à un siège permanent.
Ce que plusieurs médias qualifient de système « pay-to-play » transforme l’influence diplomatique en marchandise. Les fonds exigés n’ont pas de finalité clairement définie – si ce n’est, selon certaines versions, la reconstruction de Gaza – et concentrent un pouvoir disproportionné entre les mains du président du Conseil, qui contrôlerait nominations, agenda et résolutions.
Plus inquiétant encore : le champ d’action du Conseil dépasserait largement Gaza pour s’étendre à « la paix globale ». Cette extension alimente l’idée d’un organe destiné à marginaliser l’ONU, dont Trump ne cesse de dénoncer l’inefficacité.
Les réactions internationales sont contrastées. Plusieurs pays européens, dont la France, ont décliné l’invitation, jugeant ce projet incompatible avec le droit international et le multilatéralisme. D’autres, comme le Maroc ou la Hongrie, ont accepté d’y participer, sans s’engager clairement sur le « ticket d’entrée ».
Le risque est triple. D’abord, un Conseil dominé par une seule puissance concentrerait l’autorité politique mondiale dans un cercle restreint, sans la légitimité de l’ONU. Ensuite, en imposant un seuil financier exorbitant pour un rôle permanent, il réduirait la diplomatie à une compétition de ressources. Enfin, il ouvrirait la voie à une gouvernance fragmentée, faite de clubs exclusifs décidant à la place des institutions multilatérales.
Dans un monde déjà marqué par la multiplication des crises, abandonner le droit international au profit d’une diplomatie transactionnelle serait une erreur stratégique majeure. L’ONU, malgré ses limites, reste le dernier espace universel de dialogue entre États, fondé sur une Charte qui interdit l’usage unilatéral de la force et protège la souveraineté.
Ce n’est pas l’ONU qu’il faut abandonner, mais la réticence à la réformer. Instituer un Conseil de paix factice qui concurrence au lieu de renforcer le multilatéralisme serait irresponsable. Dans un monde largement bouleversé, qui inquiète beaucoup les Français, en commençant par nos compatriotes à l’étranger – aux premières loges des crises internationales et de ces changements profonds – nous devons avoir un discours clair : une paix véritable repose sur le respect du droit, l’égalité des États et une coopération internationale renforcée.

