L’ASFE a souhaité rencontrer Stéphane Gregori, lauréat du Prix Innovation des Trophées des Français d’Espagne 2025, afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière l’ascension fulgurante de SportDone, application qui ambitionne de devenir « le réseau social du sport ». Entrepreneur à Madrid depuis plus de vingt ans, passé par la publicité, la grande distribution et l’univers technologique international, il met aujourd’hui son expérience au service d’un projet né d’un besoin simple : pouvoir pratiquer un sport avec d’autres, partout, facilement. Entre ambition mondiale, levée de fonds stratégique et vision sociale du sport, il nous éclaire sur une aventure entrepreneuriale qui mêle technologie, communauté et passion.
SportDone est née d’une frustration personnelle : ne pas trouver de partenaire pour jouer au tennis. Aujourd’hui, vous êtes à la tête d’une application en pleine expansion internationale. Qu’est-ce qui transforme une simple idée en un projet suffisamment solide pour absorber cinq à dix ans d’engagement entrepreneurial ?
L’idée de SportDone est née d’une nécessité réelle personnelle : ne pas trouver de partenaire pour jouer au tennis lors d’un voyage et la constatation que le service que je cherchais n’existait pas online et encore moins en version app.
Le vrai moteur au départ, c’est la passion et le challenge de réussir à transformer une simple idée en un produit concret à la portée de tous. C’est aussi d’être compétitif avec soit même et de se challenger ! Mais transformer une idée en projet solide exige bien plus qu’une constatation ou une intuition.
Il faut une architecture claire, définir les fonctionnalités utiles, choisir un langage informatique robuste (nous avons opté pour React Native, comme Instagram ou TikTok, pour garantir compatibilité iOS/Android), puis recruter des développeurs seniors capables de concrétiser cette vision. Ce sont trois années de développement où nous avons aligné technique, marketing et stratégie commerciale, sans voir l’application terminée, mais avec la conviction que l’innovation devait créer un impact réel. C’est cette persévérance qui permet d’absorber cinq à dix ans d’engagement entrepreneurial sans même s’en rendre compte.
Mais je pense que SportDone occupera beaucoup plus que 10 ans de notre carrière, et avec grand plaisir car l’entrepreneuriat, le challenge et le sport sont nos passions ! C’est enfin après 3 ans le gigantesque plaisir de voir votre app publiée sur 2 plateformes au niveau mondial, IOS et ANDROID, disponible dans 175 pays. C’est comme un auteur qui voit sont livre enfin publié après 3 ans d’écriture et vendu dans les rayons, dans plusieurs pays en plusieurs langues.
Vous avez reçu le Prix Innovation des Trophées des Français d’Espagne. Vous évoquez un prix « collectif » plus qu’individuel. Qu’est-ce qui, selon vous, distingue l’écosystème entrepreneurial français à l’étranger, et qu’avez-vous trouvé en Espagne qui a favorisé la naissance de SportDone ?
La naissance de SportDone n’est pas seulement le fruit de mon idée survenue il y a 4 ans. C’est l’accumulation de mes expériences positives et négatives, en France, en Espagne, dans le reste des pays de l’UE dans lesquels j’ai travaillé, et aux États Unis. J’ai pu accumuler l’expérience de publicitaire avec mon agence de pub en France, avec celle de grossiste de grandes marques d’électronique en France et en Espagne, puis celle de fabricant Audio et Vidéo avec notre marque BELSON en devenant l’un des premiers vendeurs de TV en France et en Espagne. Cela m’a permis de faire de grandes rencontres, de forger des connaissances, des amitiés, pour finalement former une garde rapprochée d’amis et de professionnels, qui en partie forment SportDone, ou bien y ont contribué ou y contribueront un jour…
D’autre part, l’Europe est le plus grand melting-pot que l’on puisse trouver sur un seul continent ; de quoi apprendre vraiment de toutes les cultures, et la France est au centre de tous ces croisements de par sa situation géographique et son histoire. La France est un vivier de créativité, mais aussi de techniciens bien formés dans leur domaine. Que ce soit en développement ingénierie, en marketing, en recherche et développement, dans le médical, l’architecture, la science, le sport, nos français sont très bien formés. La France brille grâce à la formation qu’elle octroie à des entrepreneurs qui n’ont plus peur de se lancer tout simplement parce qu’ils s’en sentent capables, avec le bagage qu’ils ont acquis. Nous n’avons plus peur de nous exporter !
L’écosystème entrepreneurial français à l’étranger se distingue par sa solidarité : nous sommes une communauté qui s’entraide, partage ses expériences et valorise l’innovation. Je retrouve cette entraide entre français en Espagne et aux USA. En Espagne j’ai trouvé un environnement favorable à SportDone : une culture sportive forte, des infrastructures dynamiques et une ouverture aux projets digitaux. C’est ce terreau qui a permis à SportDone de naître et de grandir. Pour terminer cette question, recevoir le Prix Innovation des Trophées des Français d’Espagne est une reconnaissance collective par la qualité de mon équipe, de leur très grande expérience. Sans une grande équipe, à commencer par ma co-fondatrice Esther RIVERO, on ne peut pas lancer un projet de la dimension de SportDone qui touche le digital, les événements sportifs et la distribution. Mon équipe est franco-espagnole, pratiquement à 50-50.
Vous revendiquez un modèle économique fondé sur trois leviers : la publicité, l’abonnement premium et l’e-commerce. Comment parvient-on à articuler la gratuité d’une application communautaire avec une stratégie commerciale ambitieuse, sans perdre l’esprit de partage et de rencontre qui constitue votre ADN ?
Notre modèle repose sur 4 leviers plus exactement : publicité et sponsoring, abonnement premium et pro, les événements sportifs, et la vente en e-commerce et retail.
La gratuité est essentielle pour créer une communauté large et accessible. Mais nous avons conçu des fonctionnalités premium qui apportent une valeur ajoutée (services avancés, IA personnalisée, outils pour professionnels du sport, discounts importants de matériel de sport et de nutrition sportive). Ainsi, la stratégie commerciale ne vient pas remplacer l’esprit de partage, elle le renforce : plus la communauté est active, plus les marques et partenaires trouvent leur place, et plus les utilisateurs bénéficient d’un écosystème riche.
Ne pas oublier que le core business de l’activité est de faire se rencontrer des sportifs, le social et l’amitié étant au centre de notre préoccupation car il est le fondement de la fidélisation.
Il y a aussi les événements sportifs que nous créons dans différents sports puis les challenges, qui sont eux aussi vecteurs de rencontres physiques, tout en permettant à notre société de monétiser ces activités grâce au sponsoring.
Le sport est souvent présenté comme un vecteur social. SportDone relie des amateurs, mais aussi des professionnels, des marques, des installations sportives. Quelle place accordez-vous à la dimension humaine dans un modèle technologique ? Une application peut-elle réellement créer du lien authentique hors écran ?
Le sport est un vecteur social, et SportDone a été pensé comme un réseau social du sport. Les amateurs, les professionnels (coachs, nutritionnistes, kinés), les marques et les clubs peuvent créer des comptes, partager photos et vidéos, organiser des défis. Nous avons intégré une IA qui apprend vos comportements sportifs pour vous proposer les partenaires les plus proches à vos habitudes et vos goûts (même sport, même niveau, même horaires). Mais au-delà de la technologie, l’objectif est de créer des rencontres physiques qui débouchent sur des amitiés et des liens authentiques. L’app n’est qu’un outil : le vrai lien se crée hors écran, sur le terrain ! SportDone vous fait rencontrer des personnes que vous ne connaissiez pas, à quelques pas de chez vous…
Concernant la dimension humaine, au-delà de la technologie, nous avons voulu mettre l’accent sur l’inclusion. SportDone a développé une fonctionnalité spécifique pour que les personnes en situation de handicap puissent aussi se retrouver entre elles, pratiquer l’un des 32 sports proposés et géolocaliser des clubs adaptés grâce à la fonction « autocomplete » de Google. Cette avancée permet de lever une barrière majeure : trouver des partenaires et des infrastructures accessibles lorsque l’on est en situation de handicap. C’est ça la vraie force d’un modèle technologique au service de la dimension humaine.
Vous travaillez aujourd’hui avec des développeurs européens, vous préparez une levée de fonds internationale et votre croissance cible les États-Unis. Comment fait-on pour gérer simultanément le marché local, le marché européen et le marché américain sans dénaturer sa vision initiale ?
Même si notre QG est en France et une partie de notre centre opérationnel à Madrid, notre vision est internationale depuis le début. Avant de publier la app, notre objectif était déjà d’être présents en Europe et aux USA à la fois. C’est pourquoi en 2024 nous avons constitué Globalsports Inc, une C-Corporation avec un siège à Palo Alto, en Silicon Valley. J’étais très conscient qu’une levée de fonds importante devait absolument passer aussi par les USA, leaders dans la levée de fonds pour startups.
C’est pourquoi, soit, nous travaillons avec des développeurs et une équipe européenne, mais la préparation de notre levée de fonds est internationale et cible l’Europe et les États-Unis.
Concernant l’activité, la clé est de garder une vision unique : rendre le sport accessible et fédérateur partout. Chaque marché a ses spécificités (culture sportive, habitudes digitales, infrastructures), mais notre architecture est suffisamment flexible pour s’adapter. Nous localisons certaines fonctionnalités, tout en gardant le socle commun : géolocaliser des joueurs, créer des équipes, connecter amateurs et professionnels. Ainsi, nous gérons simultanément le local, l’européen et l’américain sans dénaturer notre ADN. Sans oublier que le sport est un bon prétexte pour se mélanger avec les autres car n’a pas de limites culturelles, ni de langue, ni d’origine sociale !
