Alors que la crise des Gilets jaunes est à la « une » de l’actualité depuis trois mois, le président de la République vient, par un texte adressé aux « citoyens d’Europe » par voie de presse, de lancer la campagne des élections européennes du 26 mai.

Cette initiative, que je salue personnellement, peut être interprétée comme un moyen de détourner l’attention des problèmes franco-français. Il me semble, au contraire, qu’elle s’inscrit pleinement dans le débat qui agite notre pays. Sans reprise de la construction européenne, la France seule risquerait d’être fort désarmée pour relever les grands défis qui se posent à elle aujourd’hui et demain.

Dans cette tribune, Emmanuel Macron met, avec raison, l’accent sur l’Europe qui protège, un peu comme l’avait fait Nicolas Sarkozy avant le scrutin européen de 2009. Une Union européenne protectrice, c’est effectivement la démonstration qu’il faut apporter à tous les peuples qui la composent à l’heure où beaucoup doutent de son efficacité contre l’immigration non maîtrisée, la mondialisation débridée, la concurrence effrénée exercée par la Chine, l’Inde et les Etats-Unis.  A l’heure aussi où beaucoup dénoncent la bureaucratie tatillonne et la complexité normative de la machinerie communautaire.

Il est urgent, pour lutter contre les colères, de rendre l’Union européenne plus humaine, plus pratique, plus proche des gens. Les propositions faites par le président de la République répondent-elles à cette exigence de proximité ? En soulignant qu’il faut revoir les accords de Schengen pour plus de sécurité, privilégier la « préférence européenne » sur les marchés publics, se doter des moyens de lutter contre les dérèglements climatiques et contre l’assaut des GAFA, Emmanuel Macron énonce des évidences qui me paraissent appropriées. Reste la mise en œuvre, et c’est toujours là que le bât blesse. Chaque pays a toujours tendance à faire passer ses propres intérêts avant ceux de l’Union, qui fait pourtant la force. Les efforts doivent donc impérativement porter, dans le cadre de cette campagne électorale, sur le nécessaire dialogue pour éviter de diviser davantage les nations entre elles. C’est dans ce sens que la France doit travailler. J’estime à ce titre que le texte aux « citoyens d’Europe » d’Emmanuel Macron épouse cette philosophie, constructive, loin des discours opposant « progressistes » et « populistes » qui ne peuvent que froisser les susceptibilités et donc freiner la marche communautaire.

Jean-Pierre Bansard