Chères élues, chers élus,
   Le mouvement des Gilets jaunes en France ne doit pas faire oublier que c’est toute l’Europe qui est aujourd’hui en crise: « brexit » au Royaume Uni, ralentissement économique et incertitudes politiques en Allemagne, gouvernance aux accents nationalistes en Italie et dans les pays du groupe dit de Visegrad… Le tableau n’est pas réjouissant et n’incite guère à l’optimisme. Partout, même si chaque nation a ses singularités et sa propre histoire, des symptômes comparables sont perceptibles: les classes moyennes ont le sentiment d’être dépossédées de leur souveraineté, de leurs traditions, de leur culture, sous les effets conjugués de la mondialisation, des vagues migratoires et de la dérégulation des économies. Face à des responsables politiques qui ont perdu leur confiance au fil des années, elles sortent de leur silence pour demander davantage de protection, de pouvoir d’achat et de considération.
  Dans ce contexte, il est bien difficile de promouvoir l’Union européenne qui est, pourtant, la principale solution aux problèmes que redoutent les peuples européens. Si ses pays membres refusent de jouer « collectif », ils n’ont aucune chance, individuellement, de se faire entendre ni respecter dans le concert des grandes nations où règnent les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie. Il est donc grand temps, selon moi, de faire barrage à tous les démagogues qui, ici et là, répandent fausses informations et rumeurs malignes dans leur unique intérêt électoral. 
   Les mensonges proférés par l’extrême droite française, cette semaine, à l’occasion du traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle suffisent à montrer la gravité du danger, à l’heure des réseaux sociaux : jamais il n’a été question dans ce traité, comme il a été dit et répété, de vendre l’Alsace et la Lorraine à nos voisins d’outre-Rhin ni de renoncer à notre siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Je rappelle que c’est à partir d’informations erronées et colportées par certains partis politiques outre-Manche que les Britanniques, il y a deux ans, se sont prononcés en majorité en faveur du « brexit » ; ils s’en mordent les doigts aujourd’hui. La leçon doit être retenue.
   Sans doute l’Union européenne doit-elle faire des progrès pour se rapprocher des peuples et se rendre plus sympathique et efficace aux yeux des opinions publiques. Mais, sans elle, nous serions emportés dans le tourbillon d’une globalisation débridée. J’entends le souligner autant que nécessaire face aux démagogues de tout poil qui font souffler un vent mauvais sur notre continent.
Jean-Pierre Bansard