Face à la vaste vague de fake news relayées sur les réseaux sociaux, la multiplication des actes antisémites (augmentation de 74% par rapport à l’année précédente, et les nombreux cas de cyber-harcèlement en ligne dont certains sont victimes (dont le candidat français sélectionné pour l’Eurovision cette année), le Gouvernement a pris des mesures. 

Retour sur une série de scandales liés à Facebook en 2018

Le réseau social – malgré ses 15 ans d’âge – paraît en pleine forme selon ses chiffres : bénéfice net au dernier trimestre 2018 de 6 milliards d’euros, contre 3,7 milliards d’euros un an auparavant. Sur l’année 2018, son résultat dépasse les 18,3 milliards d’euros, en hausse de 39 %. Il compte 2,32 milliards d’utilisateurs mensuels dans le monde et 1,52 milliard d’utilisateurs actifs quotidiens. Parallèlement à cela, le groupe a cependant été confronté à une multitude de critiques, menaçant sa réputation.

2018 : une année maudite ? Après l’affaire Cambridge Analytica, la vente, le vol de données et l‘achat de données des jeune utilisateurs de Facebook, la chute du cours de son action en bourse, le PDG et fondateur de Facebook, Marc Zuckerberg cité à comparaître devant des parlementaires; l’image de Facebook a été ternie. 

Actions en Europe : l’Allemagne et le Royaume-Uni se mobilisent 

En Europe, le gouvernement allemand a décidé de légiférer. L’Autorité allemande de la concurrence a donné douze mois à Facebook pour modifier ses pratiques. Un projet de loi avait été présenté en 2017, visant à condamner les plateformes à des amendes (jusqu’à 50 millions d’euros) si elles ne retirent pas les contenus haineux ou fausses nouvelles sous 24 heures.

Les parlementaires britanniques viennent, à leur tour, de rendre un rapport sur le réseau social, le qualifiant de ” gangster du numérique”. Il n’a pas su lutter contre les « fake news » et l’exploitation abusive des données, selon les britanniques. La création d’un code de déontologie contrôlé par une autorité indépendante est préconisée pour le faire respecter, sous peine de poursuites judiciaires. 

En Europe, des plaintes contre Facebook ont été déposées auprès des CNIL nationales pour infraction au nouveau règlement encadrant l’utilisation des données, le RGPD (Règlement Général de Protection des Données). Après une première sanction récente de Google en France, Facebook pourrait être le prochain sur la liste.

Les Etats-Unis par le biais de la Federal Trade Commission (FTC – Commission fédérale du commerce) auraient, eux aussi, l’intention de condamner Facebook à une amende record dans les semaines à venir. Il s’agirait de la conclusion d’une enquête commencée en mars 2018 concernant ses mauvaises pratiques en termes de données privées.

Un engagement politique fort de l’Hexagone 

En septembre dernier, le rapport Amelal-Avia-Taïeb a été remis au Premier ministre français sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme en ligne. Parmi les recommandations, on peut citer : 

  • la volonté de responsabiliser les plateformes, 
  • de leur imposer un délai de 24h voire une 1h selon le contenu pour qu’il soit retiré (1h en cas d’apologie du terrorisme ou provocation à commettre un attentat), 
  • de porter le niveau de sanction à 37,5 millions d’euros pour une personne morale, 7,5 millions d’euros pour une personne physique, 
  • redéfinir le statut des hébergeurs en tant qu’accélérateur de contenus” avec des obligations renforcées spécifiques qui y sont liés, 
  • la mise en oeuvre d’une procédure de signalement uniformisée, création d’une autorité de régulation rattachée au premier ministre, 
  • une stratégie globale de prévention alliant sensibilisation / éducation / prévention, 
  • la remise d’un rapport annuels de transparence avec les critères bloquant certains contenus,
  • la mise en place d’une instance de dialogue ainsi qu’un observatoire de la cyber-haine. 

Un plan d’actions du gouvernement français a été annoncé le 14 février dernier par les Secrétaires d’Etat Mounir Mahjoubi et Marlène Schiappa – respectivement chargé du numérique et de l’égalité femmes/hommes – contre le harcèlement en ligne pour accélérer le retrait des contenus haineux, le fait de responsabiliser les plateformes, mais aussi de sensibiliser, éduquer,  faciliter la procédure de signalement. Ils veulent une procédure accélérée pour lever l’anonymat en cas d’enquête et une meilleure compréhension des algorithmes de contrôle. Facebook aurait à coeur de lutter contre la radicalisation et discours d’incitations à la haine malgré la liberté d’expression puisqu’il collabore avec la France ; ouvrant son centre de Berlin et Barcelone à une commission afin qu’elle comprenne mieux le fonctionnement du blocage de contenus.

Macron s’était dit favorable à la levée de l’anonymat sur le net mi-janvier 2019. Or, dernièrement, le 20 février, Emmanuel Macron a fait volte-face, se montrant contre l’interdiction générale de l’anonymat sur internet, susceptible d’ “aller vers le pire” et déclarant publiquement inclure l’anti-sionisme dans la définition de l’antisémitisme. Il a confirmé le dépôt d’une proposition de loi contre la haine sur internet en mai, par la députée de Paris Laetitia Avia, LREM.

Force est de constater que la diffusion de fake news et de discours de haine risquent de constituer un enjeu indéniable dans le cadre des prochaines élections, dont les européennes dans trois mois. Selon une étude menée par l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, à laquelle Le Monde fait écho, les électeurs du RN apparaissent plus sensibles aux thèses conspirationnistes.

Sources : 

Les Echos ( article ici)

France Info ( article ici et )

Rapport des parlementaires britanniques 

Plan d’action de Monsieur Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’Etat chargé du numérique. 

Interview de Mounir Mahjoubi et Marlène Schiappa dans Le Figaro

Rapport Amelal- Avia -Taïeb Renforcer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur Internet de septembre 2018 fait sur demande du Premier ministre français

L’Express ( article ici)

Interview de Laetitia Avia dans Le Monde

Le Monde ( article ici