Les trois plus grandes sources de stress dans une vie sont : la naissance d’un enfant, le divorce et le déménagement. Dans ces trois cas de figures, le stress est lié à un changement, au deuil d’une situation connue et à l’appréhension d’une situation nouvelle où il faudra retrouver ses repères.
Dans le cas de l’expatriation, la difficulté est plus grande encore qu’un « simple » déménagement car l’environnement, la langue, la culture, les rythmes de vie, peuvent être diamétralement opposés à ceux que nous laissons derrière nous.


Les adultes ont tendance à penser que les difficultés qu’ils rencontrent lors de leur expatriation sont plus significatives que celles de leurs enfants. Ce n’est pas entièrement faux car en sus des problèmes évoqués s’ajoutent la partie pratique (organisation du déménagement par exemple), administrative, réorganisation de la vie quotidienne (recherche d’une école, d’une nounou, etc.). Le stress est donc intense pour les parents qui le géreront plus ou moins bien selon le cas. Mais ne sous-estimons pas pour autant celui des enfants car, bien qu’ils jouent une part passive ils subissent le changement plutôt qu’ils ne le vivent. Même si les parents essayent de protéger leurs enfants de toute cette agitation, il n’en reste pas moins que pour eux ce changement de maison, de pays, est une source d’angoisse et de peur. Cette peur paralyse et déforme la réalité. Les évènements redoutés se transforment en véritable cauchemars. Ils ne voient que la perte des amis et de leurs repères, la peur de ne plus avoir ce qu’ils ont maintenant sans obtenir de contrepartie. En bref, leur pensée est dichotomique et se résume par la perte versus le néant.


Quitter un lieu que l’on connait bien n’est jamais simple, le dicton populaire le dit bien « on sait ce que l’on perd, on ne sait pas ce que l’on trouve ». L’enfant n’a pas la connaissance, le recul pour mettre à profit cette nouvelle expérience de vie et la voir comme une richesse plutôt qu’une perte. Les parents doivent donc être vigilants car un enfant n’exprime pas son mal-être de la même façon qu’un adulte. Selon les âges, il va le signifier différemment à ses parents : douleur au ventre, céphalées, énurésies, difficultés d’endormissement ou sommeils agités, comportement d’opposition, pleurs injustifiés (sans lien avec une situation concrète), colères incontrôlables. Pour les plus grands s’ajoutent des problèmes de concentration et d’attention à l’école.


Que faire donc pour aider son enfant à faire face à ce grand changement que représente l’expatriation ? Il faut le préparer. Ne pas l’inclure dans les menus détails de l’organisation mais ne pas l’exclure non plus et surtout ne pas le mettre devant le fait accompli. Car un enfant aussi petit soit-il n’est pas dupe et sentira que quelque chose se prépare et qu’on le lui cache quelque chose. Le silence fait alors place à l’imagination et parfois même à l’irrationalité où les pires scénarii se mettront en place dans sa tête. Il faut parler à la hauteur de son enfant, lui expliquer simplement avec ses mots à lui ce qui se passe.


Il faut également repérer ce qui, chez lui, est source d’angoisse pour y répondre. Mais il faut rester prudent dans nos explications car ce qui inquiète l’enfant, n’est pas nécessairement ce qui va inquiéter ses parents ou ce que ses parents pensent qui va l’inquiéter. N’allons pas le rassurer de quelque chose qui ne l’inquiétait pas et sans le vouloir lui créer une source de stress nouvelle ! « Grand-père est très vieux et malade mais je suis sûre qu’il pourra prendre l’avion pour venir nous voir de temps en temps, ou au moins à Noël. Ushuaia, ce n’est pas si loin de la France tu sais » alors que l’enfant s’inquiète juste de savoir s’il pourra trouver ses chamallows préférés dans ce nouvel endroit. Il faut donc répondre à ses questions, à ses préoccupations, sans mentir et au fur et à mesure de ses besoins. Et si nous ne savons pas s’il pourra acheter ses chamallows préférés n’inventons pas ! « Je ne sais pas si nous pourrons en trouver là-bas mais je sais qu’ils font des gâteaux fantastiques ! ».


Enfin, un autre point important est celui de lui faire prendre conscience de ses propres ressources. En effet, le plus angoissant, nous l’avons dit est d’être face à une situation nouvelle, et donc inconnue. Il faut amener l’enfant à voir qu’il a déjà été confronté à des pertes, qu’il a déjà connu des changements importants et qu’il a su y faire face : il va aller dans une nouvelle école où il ne connait personne ? Il va falloir qu’il tisse des liens comme il a fait avec ses amis actuels ? A-t-il donc oublié qu’il les avait rencontrés un jour ?


Il va avoir de nouveaux professeurs ? Comme maintenant il y en a des bons et des moins bons, des gentils et des antipathiques. Et le vit-il si mal que cela ?


Il a peur de ne pas réussir ou s’adapter dans cette nouvelle école ? et pourtant, à chaque rentrée il remporte le défi de s’adapter à une nouvelle classe. De tous ces moments difficiles, il s’en est sorti ! S’il a réussi ces changements, il ne pourra pas rater la suite. Il faut lui donner confiance en lui. Le rendre fort de ses expériences et normaliser le changement.
Soyons à l’écoute de nos enfants, valorisons ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils peuvent faire. Faire face à l’inconnu, c’est rencontrer des situations nouvelles, sources de richesse et de croissance personnelle. C’est un atout. Une chance.

Anne Guilbeau
Psychologue Clinicienne