“Nous n’avons pas peur de gêner”

Ayant à coeur de sensibiliser le public aux violences faites aux femmes, le collectif “Mots et Maux de femmes” organise notamment une exposition photographique et numérique itinérante en France et bientôt à l’étranger à destination des Français résidant à l’étranger. Soutenu par l’ASFE et son réseau à travers le monde dans leur démarche, Stéphane Carchon-Veyrier, l’un des membres fondateurs, a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous nous parler de votre projet Mots et Maux de femmes ? Comment est-il né et en quoi consiste-t-il ?

Le projet Mots et Maux de femmes est né de l’envie d’un couple désireux de se mobiliser en faveur des femmes victimes de violence. L’une travaille dans le secteur social, l’autre a l’expérience de la communication et de la conduite de projet.

La démarche est née de parents conscients que la lutte contre les violences intra familiales doit faire partie intégrante de l’éducation et qu’il faut davantage sensibiliser et informer sur les thématiques de l’emprise et du cycle de la violence.

Nous avons donc choisi d’illustrer ces deux thématiques à travers une expographie, soit une exposition composée de photographies et de textes rédigés par les marraines du projet. L’exposition permet également de présenter des outils et des dispositifs d’urgence en faveur des victimes et des auteur.es, tels les applications Memo-de-vie (Fédération France Victimes) et The Sorority, le bouton d’alerte MonSherif, une assurance de prise en charge gratuite pour les victimes, etc. et l’association Les Maltraitances, moi j’en parle ! qui intervient dans les écoles et les collèges.

Où peut-on voir cette exposition ? Pourquoi ?

Cette exposition est présentée depuis le 25 novembre 2021 partout en France métropolitaine et en Outre-Mer, et dans de nombreux pays par l’intermédiaire de nos ambassades et consulats. J’insiste sur le « partout » car nous sommes partis du postulat que bien souvent ce type de prévention se contentait des grandes villes alors qu’il faut s’adresser à l’ensemble de la population même dans les territoires les plus reculés. Cette action devrait prendre fin en décembre 2023 mais sera prolongée si nous estimons qu’il reste encore des territoires à sensibiliser.

Pour nous permettre de déployer massivement dans toutes nos régions, nous avons choisi de nous associer à la fédération France Victimes afin de nous appuyer sur son réseau fort de 130 associations réparties dans tous les départements en métropole et dans nos territoires ultramarins.

Vous avez choisi de faire une campagne choc : comment est-elle perçue par le public ? Quel message voulez-vous faire passer ?

Cette campagne nationale est bien accueillie par le public et par les structures qui l’accueillent (tribunaux, mairies, universités, centre hospitaliers, associations, etc.). Il nous est renvoyé qu’effectivement l’exposition présentait des images bouleversantes, provocantes et parfois choquantes, mais qu’elle était nécessaire pour faire prendre conscience aux victimes de leur situation et les encourager à en sortir, et permettre de sensibiliser les témoins à reconnaitre les signes de violence et aider les victimes. Elle a aussi pour vocation d’agir directement auprès des victimes en agissant comme un effet miroir auprès de ces dernières.

Nous n’avons pas peur de gêner. Les violences psychiques, physiques, morales, administratives, sexuelles, doivent déranger suffisamment pour permettre des actions, des protections, des préventions. Notre but n’étant pas seulement de choquer ou de provoquer mais de mettre à la portée du grand public cette notion de cycle de la violence qui explique bien souvent la difficulté des femmes à quitter leur agresseur.

Le projet est soutenu par un collectif plus large et par de nombreuses marraines à travers le monde et de différents milieux professionnels : en quoi selon vous, cela est-il essentiel ?

500 célébrités et personnalités de toutes les catégories socio-professionnelles (les marraines) se sont engagées et soutiennent le projet car désireuses comme nous d’ajouter une pierre à l’édifice. Beaucoup ont croisé la violence dans leur vie, l’ont subie, en ont été témoins… d’autres souhaitent militer en faveur de l’élimination des violences. André Malraux a dit « Il faut beaucoup de morts pour faire avancer l’homme d’un centimètre », pour ma part, j’ai préféré réunir autour de ce projet beaucoup de femmes célèbres pour tenter d’arriver au même résultat. C’est ce nombre important de marraines qui permet d’attirer l’attention, d’ailleurs ne dit-on pas « ensemble on est plus fort ». Notre objectif premier était : 500 Villes / 500 Marraines soit un déploiement pendant ces deux années de campagne dans 500 lieux avec le soutien de 500 célébrités.  Six mois après le lancement officiel du projet, 100 villes sont désireuses d’accueillir Mots et Maux de femmes et nous avons déjà atteint les 500 marraines. Aussi, nous avons décidé de ne plus fixer de seuil.

Comment s’est construit votre engagement contre la violence intra familiale et conjugale ?

Notre engagement s’est construit en nous inscrivant comme acteurs de la société civile.

La sensibilisation aux différentes formes de violence contre les femmes et à la violence domestique est un aspect important de la prévention de la violence à l’égard des femmes, car une sensibilisation accrue est le premier pas vers une modification des attitudes et des comportements. L’article 13 de la Convention d’Istanbul de 2015 précise que « les Etats parties doivent mener d’importantes initiatives de sensibilisation dans le cadre des différentes mesures visant à prévenir la violence à l’égard des femmes. L’obligation de sensibiliser le grand public et de l’informer des services existants doit être envisagée dans un contexte plus large ».

C’est pourquoi nous proposons, par le biais d’une exposition, un ensemble d’informations essentielles sur la thématique des violences conjugales. Vous pensez être victime, auteur.e ou témoin de violence entre partenaire ? Cette exposition peut vous guider, vous aider à identifier la situation, à la comprendre davantage et à agir en conséquence en contactant, par exemple, des associations et services spécialisés sur le sujet. Cette action portée par un collectif a donc pour objectif, outre de sensibiliser et informer, de prévenir ce type de situations en s’inscrivant en tant que société civile dotée du savoir-faire voulu.

Que faut-il changer pour mettre un terme aux violences conjugales selon vous ? Comment peut-on agir plus efficacement en France ?

Pour lutter contre les violences, je pense que plusieurs actions sont à entreprendre, tant du côté des pouvoirs publics que des citoyens. Il s’agit à la fois de comprendre, soutenir, écouter et accompagner les femmes victimes de violence, tout en sensibilisant l’entourage pour que la lutte contre ces violences fasse partie intégrante de l’éducation. Il ne faut pas rester passif face à ces violences, et impérativement apprendre aux gens comment intervenir.

L’une des premières mesures seraient la création de juridictions spécialisées visant à lutter contre les violences intrafamiales en nous inspirant du modèle espagnol où ces tribunaux ont prouvé leur efficacité.

Pour éradiquer les violences conjugales, il faut que la révolution sociétale qui a débuté en France avec le refus des féminicides, touche aussi le monde judiciaire, depuis les forces de sécurité intérieure jusqu’aux magistrats. Il faut absolument développer cette culture commune de l’aide aux victimes. De plus, pour agir plus efficacement, il faut que chaque professionnel ne se contente pas des signaux forts (violences physiques, peur, arme…) mais des signaux faibles pour faire émerger les violences conjugales dès l’humiliation, les insultes, la 1re bousculade…

Existe-il un profil type de personnes qui sont victimes de violences ? Sont-elles plutôt liées à leur appartenance sociale, à leur dépendance financière, à d’autres facteurs moins évidents ?

Il n’existe pas de profils de personnes victimes. Les violences conjugales sont multiples (psychologiques, physiques, sexuelles, administratives, économiques…) et peuvent toucher toutes les catégories sociales ou économiques car c’est avant tout une question de domination de l’un sur l’autre et la volonté de contrôle coercitif sur la victime.

Stéphane Carchon-Veyrier

Un commentaire

  1. Félicitations ! Les violences aux conjoints (pas que des femmes) sont aussi présentes dans notre région d’Europe Centrale et en parler aide à faire tomber le silence gêné qui s’est mis en place. Heureux d’aider à presenter cette exposition dans nos villes de la région.

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