Dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 février, des fusillades dans deux  bars à chicha ont fait neuf morts près de Francfort, faisant craindre aux autorités allemandes l’émergence d’un « terrorisme d’extrême-droite ».

De fait, l’Allemagne, pilier de l’Union européenne, suscite beaucoup d’inquiétudes depuis quelques mois. Quand ce pays tousse, c’est tout le vieux continent qui s’enrhume. Et la France n’est pas la moins exposée, elle qui, depuis l’après-guerre, a son destin lié avec sa voisine.

C’est d’abord l’évolution politique qui est parée de toutes les incertitudes outre-Rhin. Après quinze ans de « règne », la chancelière Angela Merkel semble usée par le pouvoir. La crise migratoire de 2015 a entamé sa popularité : sa générosité à l’endroit des réfugiés du Moyen Orient, d’abord saluée, a fini par être très critiquée. Cette politique de la main tendue a réveillé de vieux démons et facilité l’avènement de l’AfD (Alternative für Deutschland), parti anti-européen et anti migrants.

L’entrée au Bundestag de plusieurs dizaines de députés de cette formation a montré combien la confiance d’une partie des Allemands envers leurs représentants traditionnels était rompue. Le SPD (Parti social-démocrate) est sur la pente déclinante depuis longtemps, ce qui profite au passage aux écologistes, plus en forme que jamais. Quant aux conservateurs de la CDU-CSU, ils ont bien du mal, à l’image de la droite française, à se trouver un chef digne de succéder à Angela Merkel en 2021, date annoncée de son départ. Faute d’avoir su préparer et anticiper sa succession, la chancelière risque de laisser derrière elle un paysage politique pour le moins éclaté, fracturé et fragilisé. On ne peut que le déplorer.

C’est malheureusement dans ce contexte que l’économie germanique montre, elle aussi, des signes d’essoufflement. Avec seulement 0,6% de croissance en 2019, l’Allemagne fait deux fois moins bien que la France. On était habitué à l’inverse ! Berlin paye cher la politique protectionniste de Donald Trump et la crise commerciale qui oppose Washington à Pékin. Du coup, la Chine, gros importateur de produits allemands, a freiné son rythme d’importation. Deux secteurs sont plus particulièrement touché outre-Rhin : celui des biens d’équipement et celui de l’automobile, également bousculé par le scandale du « dieselgate ».

Tout cela n’est guère réjouissant, mais il faut néanmoins rester optimiste sur l’avenir de l’Allemagne qui, rappelons-le, vit le plein emploi et n’affiche pas de déficit public vertigineux, comme nombre de ses voisins. Ce pays a d’immenses atouts. Le dialogue social n’y est pas une vaine formule, tout comme la rigueur budgétaire et la conscience que l’histoire ne doit pas se répéter.

Il y a vingt ans, avant la vague de réformes engagées par Gerhard Schröder, nombre d’observateurs étrangers estimaient que l’Allemagne réunifiée était « l’homme malade de l’Europe ». On a vu depuis avec quelle énergie cette grande nation a su repartir de l’avant. Alors, aujourd’hui, faisons-lui confiance. C’est aussi l’avenir de la France qui en dépend.       

L’équipe de l’ASFE