Chères élues, chers élus,

Faut-il qu’il y ait une catastrophe naturelle pour qu’on en parle ? Faut-il que des élections locales se profilent à l’horizon pour qu’on se rappelle que des territoires ultramarins sont en France ? C’est tout à fait regrettable, mais c’est pourtant bien la réalité. Sans le cyclone Irma, début septembre, le premier ministre ne se serait jamais rendu, ces jours-ci, à Saint-Martin puis à Saint-Barthélemy. Sans le référendum programmé de longue date en Nouvelle-Calédonie l’année prochaine, personne ne se soucierait de l’avenir de ce joyau océanien, où les indépendantistes, minoritaires, semble-t-il, avancent en ordre dispersé.

Ces territoires lointains de la République sont une richesse et représentent un enjeu stratégique pour notre pays. Des Antilles à Mayotte, de la Réunion à la Nouvelle-Calédonie, ils nous permettent d’être présents en tous les points du globe, ce qui n’est pas négligeable pour le rayonnement de notre langue et de notre culture. Tous réunis, avec la métropole, ils font de la France une puissance au domaine maritime parmi les plus importantes du monde. Malheureusement, c’est l’envers du décor qui est le plus souvent présenté quand les feux de l’actualité s’intéressent à l’outre-mer. Le chômage, la pauvreté, l’insécurité y forment un cocktail explosif sur chacun de ces territoires, bien plus qu’en métropole. Sans parler de l’immigration irrégulière qui se joue de leurs rivages livrés aux quatre vents de la clandestinité. Tous les jours à Mayotte, par exemple, naissent trente enfants, dont les deux-tiers sont d’origine comorienne.

Face à cette misère, il va sans dire que les divers arrangements fiscaux pour faciliter les investissements sur-place tout comme l’argent public envoyé pour rendre la vie des autochtones plus supportable ne suffisent plus. Si nécessaires qu’elles soient, ces aides sont parfois mal utilisées. Sans doute faut-il faire preuve de plus d’imagination. D’abord pour que les ultra-marins dépendent moins, financièrement et administrativement, de la tutelle parisienne, pas toujours bien inspirée. Ensuite pour que leur économie s’inscrive davantage dans le contexte régional qui est le leur, ce qui suppose davantage d’autonomie.

Emmanuel Macron a ouvert des assises de l’Outre-mer, fort de promesses à la clé. Nombre de ses prédécesseurs avaient déjà eu cette idée. Et l’exercice est souvent resté lettre morte. Cette fois, des résultats sont impérieux si l’on veut que la France conserve un statut de grande puissance…